Malgré son jeune âge, Mabrouk est ambitieux et plein d’idées. Loin des discours négatifs qui émaillent, par accablement ou par simple
habitude, les discussions des jeunes de Béchar, il préfère parler de projets, de potentialités, de l’avenir de Taghit qu’il chérit plus que tout. Il a gros sur le cœur et espère que ceux qui ont
déserté leurs «origines» reviennent vers l’enchanteresse pour lui restituer sa couronne d’antan en faisant d’elle la destination touristique prisée qu’elle fut durant les années 70. Mabrouk, ce
digne fils du vieux ksar de Taghit, a débuté cette année une carrière professionnelle en ouvrant sa demeure à l’exploitation touristique. Le 3e festival du tourisme saharien est pour lui une
occasion à ne pas lâcher. Et il en sort satisfait : «J’ai loué les trois chambres de ma demeure aux touristes étrangers. C’est ma manière à moi de faire dans la promotion de la culture ancestrale
et du “way of life’’ de nos aïeux», nous dit-il. A 200 DA la nuitée, cette proposition a enjoué les hôtes de la Saoura et Mabrouk trouve son compte : «J’ai employé trois amis qui se chargent de
la préparation du thé, de la cuisine à l’étouffée et l’accompagnement», assène-t-il tout en fierté. Couscous traditionnel, Khliaa, R’fis et autres préparations culinaires leurs sont proposées et
ce, en sus des randonnées sur dromadaire et discussions familiales : «Ils apprennent beaucoup sur notre vie et notre histoire et c’est ce qu’ils recherchent en visitant une région», nous dit-il.
Comme lui, beaucoup d’autres propriétaires se sont lancés dans cette aventure. L’arrivée, à l’occasion du festival, de près de 300 étrangers avait de quoi les pousser à tenter l’expérience.
Mohamed, voisin de Mabrouk nous explique que ses hôtes ont beaucoup apprécié les nuits chaleureuses dénuées de tout signe de modernité. Hormis l’éclairage électrique, les chambres du ksar
se distinguent par la simplicité et le calme infini : «C’est cette odeur de toub et cette ambiance bien de chez nous que cherchent les étrangers», Mohamed l’a bien compris.
L’initiative de Mabrouk et Mohamed s’intègre parfaitement avec la nouvelle vision du ministère de tutelle. Les autorités en charge du dossier comptent en effet sur l’implication de la population
dans l’activité touristique et ce, en vue de l’instauration d’une véritable culture et promotion touristique. Message visiblement bien reçu même si l’on est encore en phase de balbutiement :
«Nous faisons de l’artisanat de manière conjoncturelle en attendant que l’activité touristique s’installe durablement dans la région», nous dit un jeune vendeur de toiles en sable. Le vieux ksar
étant totalement rénové, les jeunes de Taghit commencent timidement, mais sûrement, à y installer une dynamique commerciale : «Nous voulons faire de cette Casbah du sud le nid de
l’art artisanal», assène-t-on. Le directeur du tourisme le souhaite aussi : «Le ksar est voué à devenir un pôle touristique de premier rang mais notre rôle se limite à exercer le contrôle de
cette activité sachant qu’elle incombe aux seuls propriétaires de ces demeures», annonce M. Karbouaâ en précisant qu’une vingtaine de chambre est mise à la disposition des visiteurs de
Taghit.
Réhabilitation des ksour : la confusion
L’apparition de ces activités, créatrices d’emploi, pose cependant la problématique de la gestion de ces ensembles urbains tout aussi agréables que fragiles. La remise en état d’un ksar coûte en
moyenne 1,5 milliard de centimes. Un programme spécifique a été lancé par le ministère de la Culture pour la réhabilitation de ces ksour et ce, avec le concours du PNUD qui s’est engagé à
financer une partie de ces réhabilitations. Selon M. Karbouaa, ce programme est lancé sur le terrain : «La partie financée par le gouvernement algérien est en bonne voie au niveau des dix
premiers ksour», nous dira-t-il. Il s’agit des ksour de Kenadsa, Taghit, Beni Ounif, Beni Abbès, Moghel, Boukaïs et Louata (30 km au sud de Béni Abbès).
Lors des visites touristiques organisées dans le cadre du programme du 3e festival du tourisme saharien, l’on a cependant constaté que les parties réhabilitées dans les plupart des ksour ne
représentent que les zones communes : placettes, ruelles et fondations. «Le programme de réhabilitation est scindé en plusieurs phases. Ce programme est perturbé par une absence de financement»,
nous dit un haut responsable du département du tourisme en précisant que le PNUD n’a pas encore débloqué le budget consacré à la partie du programme qui lui a été confiée. Pour leur part, les
propriétaires des demeures qu’on a rencontré à Moghel, Kenadsa, et Boukaïs nous ont clairement signifié qu’ils sont prêts à reprendre en main leurs propriétés si l’Etat s’engage à les assister :
«Nous sommes pour la plupart des gens pauvres et ne pouvons pas assurer une telle opération», nous confie un jeune habitant de Boukaïs.
Pour sa part le secrétaire général de l’APC de Moghel atteste que les facilitations accordées dans le cadre du logement rural ont encouragé la grande évasion : «On aurait préféré que cette aide
soit orientée vers la réhabilitation des ksour», dira-t-il. En attendant, ce qui reste de ces ksour s’effrite peu à peu sous le regard triste des autochtones. Selon les estimations d’un expert
rencontré dans la région, plus de la moitié de ces ksour est désormais irrécupérable… une perte inestimable pour l’humanité, commente-t-on.
Habiter un ksar… et vivre avec un minimum d’eau…
La situation de ces ksour désole la population locale qui continue à y organiser les cérémonies de mariage et exercer une activité agricole. La vie à l’intérieur du ksar est loin d’être monotone,
contrairement aux idées reçues : «J’ai passé mes plus belles années dans ce ksar, tous mes souvenirs de jeune mariée y sont reliés», nous dit el hadja Fatima. C’est un mode de vie qui ne peut
qu’être exceptionnel. Habiter un ksar c’est côtoyer intimement son voisin. Vivre avec des habitudes uniques. Une utilisation minimale d’eau, pour exemple ! Même les salles de bains sont conçues
de façon à éviter tout contact avec cette ressource démolisseuse : «On ne boit même pas à notre soif !», ironise Mabrouk. La demeure est conçue tel une vieille maison de la Casbah… sauf
qu’elle est de couleur rouge brique. Avec son patio au milieu, des chambres et un imprenable panorama à partir de la splendide minuscule terrasse. Hommes, comme femmes, passaient le plus clair de
leur temps plus bas, dans l’oasis, à cultiver les terres qu’ils ont hérité de pères en fils. Aujourd’hui, ces ksour sont abandonnés mais les propriétés agricoles demeurent soignées par leurs
propriétaires : «Nous avons été obligés de quitter nos maisons durant la période coloniale. Lorsque des moudjahidine trouvaient en ces ksour le lieu idéal pour tenir leurs réunions ou simplement
se cacher des troupes coloniales», nous lance la vieille Abbou qu’on a rencontré à Beni Abbès. Depuis, ces sites datant du début du 15e siècle sont livrés à un délabrement continu rendant
irrécupérables bon nombre des 65 ksour de la Saoura. Des projets pour l’alimentation des ksour en eau potable et leur connection au réseau d’assainissement sont inscrits, une fois les travaux de
réhabilitation menés à terme. Des dispositions qui encourageront davantage le retour d’une vie à l’intérieur des ksour. En attendant, ces sites gardent intacte leur attirance. La région de la
Saoura reçoit progressivement de plus en plus de touristes nationaux et étrangers. Selon les statistiques de la direction du tourisme de la wilaya de Béchar, près de 2.000 touristes étrangers
(contre 202 en 2002) choisissent chaque année cette destination et savourent la beauté de ses irrésistibles oasis parsemées ici et là. Entre les étendues de palmeraies et ces imposants
ksour, témoins de l’histoire de l’humanité, les visiteurs de la Saoura trouvent en ces lieux un berceau de tranquillité et de quiétude tout en caressant une culture qui existait jadis et qui
revient progressivement avec le retour des ksour…
- 2.000 touristes ont visité les oasis de Béchar en 2006, contre 200 en 2002 !
- Pour 200 DA la nuitée, les touristes étrangers ont apprécié la culture et le mode de vie de la population du Sud.
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BÉCHAR ET LA RÉGION DE LA SAOURA 






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