Dimanche 16 septembre 2007
Trois familles de Français composées de 7 personnes du Languedoc Roussillon, qui avaient quitté l'Algérie au lendemain de l'indépendance, ont
visité la région de Béchar au cours de la semaine écoulée, pour retrouver leurs racines et leurs anciens camarades algériens. Dès leur atterrissage dans la capitale du Sud-Ouest, il y a eu
beaucoup d'émotions pour ces Français d'Algérie. Roland Blanch, Walter Harlass, Alain Cefis, Dominique Blanch et leurs épouses ont été surpris de l'accueil chaleureux qui leur a été réservé à
Béchar, Taghit, Kenadsa et surtout à Béchar-Djedid, leur village natal. La redécouverte de leurs anciennes maisons partiellement modifiées où ils ont vécu, l'école qu'ils avaient fréquentée, les
retrouvailles poignantes avec les anciens camarades de classe ont été les moments forts de leur séjour, parfaitement organisé par un de leurs anciens collègues Omrane Hocine. Celui-ci a tenu à
nous dire « le rôle important des services de sécurité de la wilaya qui ont assuré une protection discrète et efficace de ce groupe et l'amabilité du patron du Sud-express qui a veillé à la
réservation de leurs places au départ d'Oran-Béchar ». Enfin le geste du propriétaire de l'hôtel du Maghreb arabe où ils étaient hébergés, un autre ancien de Béchar-Djedid, qui leur a offert
un dîner, a été hautement apprécié par ce groupe. L'organisateur du séjour de ces Français a toutefois, émis un seul regret : L'absence de réaction de la municipalité de Béchar qui aurait
pu, selon lui, souhaiter la bienvenue autour d'un thé, à ces visiteurs qui aiment tant l'Algérie.
Source: M. Nadjah, El Watan.
Dimanche 16 septembre 2007
Eden-dène est un personnage qui veille à la perpétuation d’une vieille tradition qui consiste à passer dans les rues de la ville en jouant du
tambourin pour annoncer l’heure du S’hour aux paisibles dormeurs. Il existe encore en Egypte et en Syrie sous l’appellation de «M’saharati».
En Europe médiévale, il y avait un personnage similaire, le veilleur qui passait dans les ruelles pour dire: «Il est telle heure, tout va
bien, dormez paisiblement braves gens».
Les ramadhans se succèdent mais ne sont plus ce qu’ils étaient autrefois. Qui ne se souvient avec nostalgie des veillées ramadanesques
du passé où les familles se rendaient visite lors de ce mois de piété, de réconciliation et de retrouvailles autour d’une meïda spécialement dressée? Aujourd’hui, les veillées se résument
souvent en des séances télé où les nombreuses chaînes nous enchaînent et nous privent d’évasion. Ici, à Béchar, le charme de ces nuits ramadanesques était fait, autrefois, par le son du
tambourin du Eden-dène qui annonçait aux paisibles dormeurs que l’heure du S’hour était arrivé. Sur son passage, les lumières s’allumaient et les ménagères se pressaient à réchauffer la Seffa
aux raisins secs, arrosée de l’ben que quelques-uns accompagnaient de fruits de saison ou de thé à la menthe. Le Eden-dène faisait ainsi partie des nuits du Ramadhan à tel point qu’on ne
pouvait les imaginer sans lui. On l’entendait passer sans savoir qui c’était. Du quartier de Manougat, en passant par les ruelles sinueuses du quartier populeux de Débdaba, le son de son
tambourin parvenait en cette heure de grande accalmie, jusqu’aux confins de la ville. Den-den-den était le son de l’instrument à percussion d’où l’appellation de Eden-dène était née pour nommer
l’homme qui se chargeait de perpétuer cette tradition ancestrale qui allait de pair avec l’annonce de la rupture du jeûne par un coup de canon «Madfaâ» ou «N’fadh», comme on disait alors dans
d’autres régions.
Mon ami, l’artiste peintre Salhi Fodhil, toujours aux aguets pour immortaliser dans ses œuvres les charmantes petites choses qui font
notre quotidien chercha, il y a une vingtaine d’années à faire le portrait du Eden-dène en pleine action. Il le poursuivit de ruelle en ruelle au son du tambourin pendant trois nuits et vint
nous dire avec l’enthousiasme d’un chercheur qui découvre une chose rare: «Je l’ai rencontré». De cette rencontre du peintre avec le musicien naquit alors un des plus beaux chefs-d’œuvre de
l’artiste. L’œuvre fut acquise par la femme d’un haut responsable au cours d’une exposition dans la capitale. Pour narguer notre ami Salhi, nous avions baptisé son œuvre «Le Jocond» par
référence à la Joconde de Léonard de Vinci. Le Eden-dène, tel que nous l’avions su grâce au tableau de notre cher Fodhil, n’était autre qu’un homme timide que nous côtoyions sans savoir que
c’était lui, le chargé de la perpétuation de la tradition, lui qui vivait à Manougat et travaillait le jour à l’abattoir. Il annonçait aux dormeurs l’heure du S’hour et en contrepartie, les
gens reconnaissants, lui donnaient Zakate El Fitr, la veille de l’Aïd. La décennie noire ne le ménagea point lui aussi. Les tristement célèbres par leur «Yajouze» et «la yajouze» qui faisaient
table rase de toutes les traditions l’agressèrent dans un coin obscur lors de l’une de ses tournées. La raclée qu’il reçut, ajoutée à l’humiliation et au manque de protection lui firent perdre
toute envie de jouer du tambourin. Maintenant l’homme a vieilli et personne n’a osé prendre la relève. C’est comme cela aussi que se perdent nos plus veilles traditions.
Source : M. Ahmed, La Voix de l'Oranie.
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