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Grande vallée façonnée par l’Oued portant le même nom, la Saoura est l’une des régions les plus attrayantes du sud algérien. Elle est limitée au Nord par les Monts des Ksour et le Haut Atlas marocain, à l’ouest par la Hamada du Draa, à l’est par les oasis du Tidikelt et au sud par le plateau du Tanezrouft. Un décor fait de paysages lunaires de la Hamada du Guir contrastés à l’autre rive par les splendides dunes dorées du grand Erg Occidental. Entre ces deux ensembles féeriques s’incrustent, tels les joyaux d’un collier, palmeraies et ksour le long du lit des Oueds.

 

  

 

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 19:53

Là où il y a de l’eau, il y a la vie. Le hasard de la géographie et du relief ont fait naître Kénadsa en un lieu où l’on s’attend le moins à trouver une ville. C’est bien en retrait du pied de l’Atlas saharien, à un endroit où celui-ci enjambe la frontière algéro-marocaine, précisément, dans le fameux triangle ouvert de «l’y grec» formé par les deux oueds du Guir et de la Zouzfana; ces deux cours d’eau miraculeux, qui ont donné naissance à la vallée de la Saoura, immense palmeraie qui s’étale sur des centaines de kilomètres, du «joyau» de la région qu’est l’oasis de TAGHIT jusqu’au TOUAT-GOURARA en longeant l’Erg occidental : un «boulevard» interminable de palmiers (cf. «BECHAR : la Saoura, la plaine du Guir ou l’illusion perdue d’une Californie algérienne»/ Abdallah AZIZI, le Q.O. des 3, 4 et 5 juin 2007).

A l’origine, c’était une petite oasis quelconque comme il y en a tant d’autres au Sahara, nées à la faveur d’une source vive ou d’un oued. Selon la tradition, elle portera plusieurs noms. L’avant-dernier est «La’wina» (la petite source), pour devenir définitivement, mais néanmoins il y a trois siècles : «El Kanaadissa» ou KENADSA (selon l’appellation française) ou «Laknadsa» dans le langage courant. Pourquoi ce changement de nom ? Cela s’est produit à un moment décisif de l’histoire de cette oasis. Mais, il n’y aura pas eu que cela : en changeant de nom, elle va aussi changer de «statut» de par les changements profonds qu’elle va subir non seulement sur le plan culturel mais surtout sur le plan socio-économique. En effet, au départ, rien ne destinait la petite localité d’origine à une telle brillance, si ce n’est le retour au pays de ses ancêtres, après de longues pérégrinations d’études et plusieurs pèlerinages à la Mecque, du Saint homme Sidi M’hamed Ben Bouziane. En effet, après être revenu dans sa famille, l’homme, précédé d’un charisme extraordinaire et doté d’une énergie débordante, va fonder sa zaouïa, devenue depuis la célèbre «ZIANIYA ASH-SHADHOULIA. La ville de Kénadsa va désormais se confondre avec sa zaouïa. L’essor fulgurant de cette institution va rejaillir sur la petite oasis de départ pour la transformer en un centre spirituel, culturel et économique incontournable.

Pourquoi le nom de «El Kanadissa» ? Plusieurs interprétations ont été données dont les deux plus plausibles sont les suivantes : dès lors que l’oasis était devenue un important lieu d’études coraniques et bien d’autres sciences religieuses, l’étudiant était désigné par le mot guendouz (un singulier, qui donne au pluriel : ganadiza). D’aucuns pensent que la nouvelle appellation de cette oasis aurait été tirée de ce pluriel, d’où «Elkanadissa. Néanmoins, une autre explication aussi crédible a été rapportée par Abderrahmane MOUSSAOUI , dans sa thèse «Espace, sacré et mémoire : la zianiya : une zâwiya saharienne» (p.3). A. MOUSSAOUI dit ceci: «Appuyant ses allégations par des références étymologiques puisées dans le monumental dictionnaire d’Az-Zoubaydi : Tâdj el-’arûs, M. MERZAK, quant à lui, estime vraisemblable que l’appellation «Kénadsa» soit en rapport avec la qualité de son illustre hôte, le saint Sidi M’hammed b. Bûziyan; car en arabe classique, constate-t-il, qandasa et taqandasa, veut dire faire acte de pénitence et par extension, épouser la voie du tasawwuf « (M. MERZAK, thèse p. 19 rapporté par MOUSSAOUI).

Quant à nous, c’est cette dernière interprétation qui emporte notre adhésion, d’autant plus que Sidi Mhamed s’est donné lui-même ce qualificatif d’EL QANDOUSSI.

Pour la compréhension des profonds bouleversements qui vont s’opérer dans le «chef-lieu» de la zaouïa zianiya, A. MOUSSAOUI, au paragraphe suivant, va nous donner un éclaircissement supplémentaire de l’importance que revêt ce patronyme. Il dit ceci : «En nous attardant de la sorte sur un toponyme, nous ne voulons pas sacrifier à un quelconque rituel, ni céder à un simple plaisir d’érudition, la question est importante parce qu’elle révèle le changement fondamental dans la «fonction urbaine» principale, comme on aurait dit aujourd’hui. En effet, de simple étape caravanière, Kénadsa devient, avec l’avènement de Sidi Mhamed b. Bûziyân, un foyer culturel structurant. A cette fonction principale, s’y adjoindront bientôt d’autres, économiques celles-là, pour faire du modeste ksar de départ, un centre relais incontournable. Ceci explique et justifie amplement l’usage de ce toponyme qui particularisera le ksar, le tirant de l’anonymat où le reléguait une appellation (La’wina) si commune dans ces régions». Ici, il y a lieu de noter la justesse des expressions essentielles « foyer culturel structurant » et sa corrélation « la fonction urbaine » principale qui vont caractériser le « développement » ascendant autant que fulgurant de l’oasis pour l’époque. Dans son évolution et contrairement à ce que l’on pourrait penser, Kénadsa ne bénéficie pas directement des «bienfaits» des deux grands oueds cités plus haut qui «arrosent» la région. Elle se trouve en effet loin à l’Est de la rive gauche du Haut Guir et à une vingtaine de kilomètres à l’Ouest de Béchar, l’actuelle métropole de la région. Mais, il est évident qu’elle a bénéficié, sur le plan socio-économique, d’une telle proximité. Intrinsèquement, le ksar de Kénadsa a pris naissance non pas sur une seule source «La’wina», dont il aurait tiré son éponyme originel, mais sur l’existence de plusieurs sources. Une trentaine. Dans sa thèse précitée, A. MOUSSAOUI a recensé quelques unes avec leurs noms d’origine, qui existent jusqu’à nos jours. Il y a : «Aïn Sidi M’barek aménagée en fontaine publique avec coupole, à mi-chemin entre le vieux ksar et la nouvelle ville, Aïn Dir, Aïn Cheikh, Aïn Oulad Bouazza, Aïn Sid El Hadj El Arbi, Tozzot, Laqbouna, Aïn Oulad Sid El Moufaq, Ayoun (Plusieurs) Oulad Sid El Houcine, Aïn Oulad Ba Moussa, Aïn B. Djilali, Aïn Laqadam Moussa et bien d’autres...

Toutes ces sources, qui ont «fait» Kénadsa, sortent du piémont d’une falaise appelée ici «Barga», composée de roches blanches (de la silice gréseuse) et de sable fin. Ce sable «couve» souvent sous sa masse mouvante ou dans sa proximité, des gisements d’une argile abondante et de bonne qualité, qui fut utilisée par les anciens kénadsiens pour construire leurs habitations et qui donne à leur ksar cette couleur rouge foncé tirant sur le grenat qui le caractérise si bien. En témoignent de nombreuses carrières sous forme de grottes d’où l’on extrayait cette précieuse argile. Une de ces grottes, phénoménale à plus d’un titre, est une énorme cavité dans le versant de la « Barga » invisible au regard de l’extérieur. Elle constitue une curiosité qui attire beaucoup de monde. On y accède par un simple orifice, pas plus grand qu’une porte ordinaire à hauteur d’homme. Cette grotte bizarre est dite «Karkab-Eçtali», «le bruiteur des seaux» (ici seau se dit au singulier çatl et au pluriel eçtaIi) ceci, certainement à cause du bruit que faisaient les seaux métalliques en s’entrechoquant à vide lors du transport de l’argile. A cette excavation insolite, les autochtones ont fini par lui trouver une fonction insoupçonnée : elle servait de dortoir aux gens pendant les grandes chaleurs. C’était au temps où le courant électrique et la climatisation étaient ignorés. Les hommes allaient y faire leur sieste pendant la canicule en amenant avec eux de quoi faire leurs lits et des couvertures. En effet, pendant l’été, quand il fait 45° à l’ombre, à l’intérieur de la grotte il y a une fraîcheur inattendue, à telle enseigne qu’il est nécessaire de se couvrir. Cette curiosité a inspiré des réalisateurs de cinéma qui y ont tourné plusieurs scènes de films dont un sur «Eçhab el Kehf» (les Dormeurs de la Caverne), histoire rapportée par le Saint Coran et relevant du fantastique.

Par ailleurs, il se trouve que la falaise susdite «El Barga» surplombant Kénadsa, est aussi ceinturée d’une couche de roche grise et bleue, carrière naturelle, dont ont été extraites toutes les pierres qui ont servi à la construction des fondations, des murs des maisons du Ksar et à la construction des ses fortifications. La roche blanche (qui a été aussi utilisée parfois dans la construction) a surtout servi à la fabrication de la chaux et du plâtre. Les fours, ayant servi à la production de ces matériaux, sont encore visibles aujourd’hui. Si l’homme a toujours puisé dans son milieu naturel ce dont il avait besoin pour son habitat, l’on peut dire qu’ici, la pierre bleue et grise en question a été utilisée de façon judicieuse voire heureuse. En effet, on peut encore admirer l’harmonie architecturale qui se dégage de certains édifices. Il en est ainsi de certains mausolées de saints, de mosquées et aussi de certains «palais» (dwiriyate) et maisons individuelles : il s’agirait d’un style arabo-islamique orignal qui rappelle à la fois l’architecture iranienne et hispano-arabe tout en gardant sa sobriété, son caractère et son charme oasiens. Quant au minaret de la mosquée de Sidi Mhamed, de forme hexaédrique et de couleur blanche, dépassant par sa hauteur toute la masse ocre grenat du ksar, il est du plus pur style almoravide.

LA BETISE HUMAINE

Malheureusement, la valeur architectonique inestimable de ces constructions est en train de se perdre à jamais et ce, non seulement du fait d’éléments naturels, mais aussi et surtout du fait de l’homme. Il y a l’ignorance, l’inconscience, les négligences et les prédations criminelles. Le ksar de Kénadsa appartient à l’humanité toute entière et est classé «monument historique». A ce titre, il doit faire l’objet d’une attention et d’une protection particulières.

 Il arrive aussi, et c’est encore plus grave, que les atteintes à ce patrimoine commun soient le fait de décisions administratives irréfléchies à l’origine de dégâts hélas irréversibles : c’est le cas, par exemple, de la mosquée de Sid El Hadj, vieille de sept siècles, qui a été complètement refaite en béton. Les mausolées de Sidi Abderrahmane et de Lalla Oum Keltoum, construits avec de la belle pierre bleue nue, debout depuis des siècles, ont fait l’objet d’un crépissage au ciment et repeints à la chaux. Ils ont, dès lors, perdu et à jamais leur cachet primitif. N’est-ce pas un crime ? Il est certain que ces deux édifices étaient beaucoup plus beaux dans leur état original sans ce crépissage et cette peinture dont ils n’avaient nul besoin. Voici deux monuments historiques qui ont une existence plusieurs fois séculaire, précipités du jour au lendemain du singulier vers le banal, de la beauté intrinsèque vers une laideur des plus débiles et ce, par la bêtise de responsables « irresponsables ». Avions-nous besoin d’avoir de nouvelles «koubbas» blanches ou vertes supplémentaires quand celles-ci sont légions dans toute l’Afrique du Nord? C’est ainsi que nous avons perdu deux merveilleux joyaux, des oeuvres d’art aux proportions si parfaites, construites pourtant par des gens (ce qui est plus qu’admirable) qui n’avaient ni instruments de précision ni les moyens techniques d’aujourd’hui. S’il ne peut être exigé d’un «bureaucrate» d’avoir des connaissances en matière d’art, ni même simplement d’avoir du «bon goût» ou du discernement pour ce qui est de l’esthétique, il doit être cependant empêché de commettre l’irréparable. Aussi, il ne devrait jamais être permis de toucher à ce genre d’héritage patrimonial sans l’avis obligatoire de spécialistes confirmés dans le domaine.

UN KSAR ORIGINEL

Revenons à la conception même du ksar de Kénadsa. L’observateur avisé qui considère avec un tant soit peu d’attention la configuration et la topographie du terrain sur lequel a été édifié ce ksar, ne manquera pas d’être surpris par le génie ayant présidé à l’agencement et à l’emplacement des divers éléments constitutifs de cet ensemble. En effet, il y a d’une part la falaise « El Barga » qui marque les limites du plateau rocailleux d’Oum Sba, continuation de l’Atlas saharien. Au pied de la dite falaise, émergent toutes les sources d’eau à quelques encablures les unes des autres et qui sont les éléments fondateurs grâce auxquels a pu être bâtie la ville. A partir de la falaise, le terrain repart avec une légère et constante inclinaison qui va se perdre à l’infini dans le sens nord-sud : c’est au début de cette pente douce presque au pied de la falaise qu’a été construit le ksar. Puis, toujours dans le sens de la pente et immédiatement après le ksar, viennent les jardins qui constituent la palmeraie de Kénadsa. Il paraît évident que c’est la présence de ces sources et la configuration du terrain qui ont décidé les premiers venus à s’installer à cet endroit précis.

En effet, l’eau d’une source donnée est d’abord acheminée par gravitation à l’aide d’un canal souterrain jusqu’à la maison du propriétaire de la source. La maison n’est pas bien loin généralement. Quand elle arrive dans la maison, l’eau est presque à fleur de sol. A l’intérieur, le canal continue son chemin soit à ciel ouvert soit en souterrain jusqu’au patio central de la maison. Là, le précieux liquide est recueilli dans un petit bassin aménagé à cet effet. Ce bassin sert à stocker - toujours en permanence - une certaine quantité d’eau pour l’usage domestique et cultuel de la famille. L’eau est ainsi disponible à tout moment de la journée ou de la nuit. Cependant, le surplus d’eau, qui se déverse en permanence dans le dit bassin par un système de dénivelée, est acheminé à l’aide d’un autre canal vers l’extérieur de la maison et ce, toujours par gravitation. Au sortir de la maison, l’eau est souvent recueillie immédiatement dans un autre grand bassin à l’air libre (Sarij ou Sahrij ou majen) qui se trouve, comme de juste, dans le jardin du propriétaire. Plus le propriétaire est aisé, plus l’étendue de son jardin de « plaisance » et de cultures vivrières est grande. Les jardins s’étendent dans la continuité de l’inclination du terrain. Ainsi, l’arrosage se fait toujours par gravitation de l’eau coulant dans le sens de la pente naturelle, avec des aménagements qui permettent un arrosage complet du jardin. Par ce système ingénieux, il n’y a donc besoin ni de pompe ni d’un quelconque mécanisme pour puiser l’eau : il suffit de bien l’orienter. Ainsi, les gens avaient «l’eau courante» (dans le vrai sens du mot) et dans le figuré et ce, depuis des siècles. En outre, ils disposaient de leurs jardins à proximité de leurs demeures. Faut-il croire qu’il faisait indubitablement bon vivre dans ces jardins ombragés, denses et humides, dans une contrée où la sécheresse et le soleil sont en période de canicule, d’une cruauté à peine supportable. Et l’on ne peut que comprendre Isabelle EBERRARDT, d’avoir été « ensorcelée » autant qu’inspirée par ce coin de paradis terrestre, pour écrire « Dans l’ombre chaude de l’Islam ».

Une source peut appartenir à une seule famille où à plusieurs propriétaires (cas d’héritage et/ou en propriétés successorales indivises). En fait, ces sources sont souvent la propriété des seules grandes familles de Kénadsa, les premières installées sur le site. Lorsque la source appartient à une seule famille, l’eau arrive dans la maison de cette famille, puis dans ses jardins comme décrit plus haut. Pour ceux qui possèdent en commun une ou plusieurs sources, le principe de distribution se pratique par un système de «vannes», placé en amont au sortir de la source, qui permet un partage équitable selon un temps d’heures d’écoulement de l’eau : il s’agit de trous que l’on ferme ou que l’on ouvre à des heures de la journée ou de la nuit, selon des normes convenues un peu comme dans le système des foggaras du Touat et du Gourara.

Les mosquées bénéficient aussi, sous forme de bien houbous, de ce système et reçoivent leur part d’eau (en termes de temps d’écoulement). C’est le cas de la mosquée de Sid El hadj laquelle, jusqu’au jour d’aujourd’hui, partage l’eau de Aïn Dir avec une famille et un jardin appelé Tlat. Le ksar était évidemment fortifié. Des pans du mur d’enceinte sont encore visibles par endroits. Comme cela se faisait dans toutes les casbahs fortifiées des villes d’Afrique du Nord, les portes étaient fermées à la tombée de la nuit et ouvertes à l’aube. Aujourd’hui, seule la porte dite «Bab Essouk» subsiste encore. Cependant, les gens de Kénadsa ne semblent pas avoir gardé en mémoire une quelconque peur de pillards ou d’attaque extérieure, la ville ayant toujours été respectée du fait du Saint homme Sidi M’Hamed et avant lui de son aïeul Sid El Hadj Ben Ahmed. Donc, le mur d’enceinte de la ville n’est que la marque de la limite qu’exige El horm islamique et une protection contre les bêtes sauvages.

Source: A, Azizi, Le Quotidien D'Oran.

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Published by Sofiane - dans Saoura
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