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Grande vallée façonnée par l’Oued portant le même nom, la Saoura est l’une des régions les plus attrayantes du sud algérien. Elle est limitée au Nord par les Monts des Ksour et le Haut Atlas marocain, à l’ouest par la Hamada du Draa, à l’est par les oasis du Tidikelt et au sud par le plateau du Tanezrouft. Un décor fait de paysages lunaires de la Hamada du Guir contrastés à l’autre rive par les splendides dunes dorées du grand Erg Occidental. Entre ces deux ensembles féeriques s’incrustent, tels les joyaux d’un collier, palmeraies et ksour le long du lit des Oueds.

 

  

 

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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 21:22
Le cheikh Sidi Brahim s'est retrouvé entre le marteau et l'enclume : d'une part, les membres de la confrérie qui refusent toute forme de soumission au pouvoir colonial et font pression sur lui pour émigrer. Mais apparemment, il sait que « se mettre sous l'aile du souverain marocain » ne serait d'aucune utilité puisque la France était déjà chez lui. D'autre part, cette même France, omniprésente désormais au Maghreb, installée près de son propre ksar, au lieu dit Belhadi, commence la réalisation de son projet d'infirmerie, et ce sans attendre l'avis de la zaouïa qui s'était déjà opposée au dit projet. Les rumeurs à propos des membres de la confrérie qui menacent de se redéployer ailleurs et qui se préparent à vendre tous leurs biens, n'inquiètent pas outre mesure les autorités coloniales. Ces rumeurs sont atténuées par un rapport du commandement militaire du 28 février 1907 qui considère que «la zaouïa ne peut pas plus quitter Kénadsa que la papauté ne pourrait quitter Rome ». (A. Moussaoui, thèse). Le cheikh de la zaouïa, qui n'avait nullement envie d'émigrer ni de quitter la terre de ses ancêtres, a choisi donc de rester et de «composer avec les nouveaux maîtres du moment». Ceci déclenchera une crise majeure de pouvoir « qui va durer quelque six mois, pendant lesquels les rapports entre le cheikh et le conseil de la zaouïa sont assez tendus ». La structure confrérique était en train d'imploser. A la longue, un arrangement mitigé fut finalement trouvé, d'où Sidi Brahim sortira affaibli. Celui-ci mourra le 19 février 1918 à l'âge de 67 ans, laissant derrière lui une zaouïa endettée. Son cousin et confident, Si Mohamed Laaraj, va lui succéder. Par cette désignation, après un intermède de cinquante-huit ans, la direction de la zaouïa revient aux descendants de Abu Madyan II, c'est-à-dire le grand-père de l'actuel cheikh et éponyme. La mashikha (la fonction de cheikh) va renouer avec la transmission par la primogéniture mâle.



Une certaine renaissance de la «principauté»

 

Si Mohamed Laaraj va continuer la gestion de «l'institution religieuse» comme son prédécesseur. Les demandes de lever des ziaras vont continuer à recevoir des réponses souvent négatives des autorités coloniales. Les ziaras «possibles» sont levées difficilement. La direction de la «principauté» maintient un certain cap. La baisse des revenus liés aux tribus du nord et des hauts-plateaux n'empêche pas les autres affaires de tourner.

A la mort de Si Mohamed Laaraj, c'est son fils Sidi Abderrahman qui va prendre la suite. Avec l'avènement de ce « monarque », les affaires vont s'améliorer sérieusement. C'était en février 1934. Les autorités françaises confirment son « intronisation » et lui allouent une allocation annuelle de 2.000 francs, la même qui était attribuée à son père. Mais le monde a changé. Le paysage politique se caractérise par de nouvelles donnes. D'une part, la colonisation vient de fêter son centenaire qui marque aussi son apogée. Se glorifiant de « sa réussite », elle est quasiment sûre d'avoir gagné la partie définitivement, que l'Algérie et l'Afrique du Nord lui appartiennent désormais. Les écrivains et intellectuels « algérianistes » (dits de l'école d'Algérie) et farouches partisans d'une colonisation à outrance, parlent d'un « juste retour de l'Afrique du Nord » dans le giron de la chrétienté, à l'instar aussi de sa dépendance jadis de l'empire romain. Ces convictions avaient quelques ressemblances avec les convictions israéliennes d'aujourd'hui.

D'autre part, on assiste à la naissance du nationalisme maghrébin qui se concrétise par des luttes politiques acharnées sur le terrain et dont les figures de proue sont: Messali Hadj en Algérie, Bourguiba en Tunisie et Allal El-Fassi au Maroc. Les autorités françaises connaissent l'importance de l'emprise des zaouïas sur les populations pieuses. Aussi, vont-elles prévenir et empêcher les relations et autres accointances que ces confréries pourraient avoir avec les mouvements nationalistes pour ne pas apporter plus d'eau à leurs moulins. Elles vont faire pression sur les zaouïas toujours en les empêchant de lever les ziaras et de lâcher un peu de lest quand c'était nécessaire pour obtenir quelque chose d'elles. Ce « chantage » ne servait pas uniquement à faire entrer dans l'ordre colonial ces organisations religieuses millénaires, mais les ziaras qu'elles prélèvent sur leurs affiliés étaient autant « d'impôts directs » et donc de richesses en moins pour l'administration coloniale.

Sidi Abderrahman ne pouvait pas faire exception aux démarches engagées par ses prédécesseurs pour recueillir les ziaras. Ce serait signer l'arrêt de mort définitive de la confrérie. C'est ainsi qu'il demande à ce rendre dans les villes du nord suivantes: Sidi-Bel-Abbès, Témouchent, Mascara, Tlemcen dans l'Oranie. Mais aussi en territoire marocain: Oujda, Fès, Marrakech, Outtat El-Hadj, Midelt, Gourama, Tafilalet, Medjahra, Talsint, Boudnib, Bouanane... En demandant à se rendre dans ces villes à l'autorité française, Sidi Abderrahman n'évoque pas les prélèvements de ziaras, mais « Je veux, dit-il, inspecter nos biens et propriétés». Vu l'énumération des lieux où il voulait se rendre « pour superviser ses biens », il faut bien croire que la zaouïa était très riche. Le voyage qu'il va entreprendre lui permettra de procéder à une réactivation conséquente de l'influence de son institution sur ses affiliés du nord, du nord-ouest et aussi du sud marocain notamment.

La «principauté» de Kénadsa va retrouver un peu de sa superbe sous le règne de Sidi Abderrahman, mais d'une autre façon, très différence de celle du temps des caravanes, où Kénadsa régnait sans partage sur les grandes étendues désertiques qui allaient de Sijilmassa jusqu'aux confins de l'Empire du Mali. Le vrai et nouveau maître aujourd'hui, c'est la puissance coloniale et il va faire avec. En s'adaptant à la réalité du moment, il sera l'homme de l'ambivalence. Chacun va instrumentaliser l'autre. Le cheikh va porter alternativement deux casquettes: celle du chef spirituel de la Zaouïa Ziyania et celle d'un Administrateur séculier. « Ainsi, la fonction religieuse traditionnelle est assortie d'une fonction civile. En effet, le 6 mars 1939, il sera élevé à la dignité d'»Agha» honoraire. Un burnous d'investiture lui est accordé par le gouvernement général. Il ne se satisfait pas de cela et demande « un commandement effectif dans l'annexe de Colomb-Béchar». Il va avoir un «secrétariat», des cartes de visite en arabe et en français, ses propres cachets et utiliser du papier à en-tête imprimé à son nom avec les références à ses différentes dignités. D'ailleurs en cela, son père l'avait précédé: on pouvait lire en effet, en français, en en-tête de ses correspondances officielles, «Cheikh Sidi Mohamed Laaredj, officier de la Légion d'honneur, Kébir de la zaouïa de Kénadsa». C'est à cette époque-là qu'il va adopter officiellement un patronyme: il deviendra Laaredj Abderrahmane. Mais on ne l'appelle plus que par le titre de Sayed (Seigneur). Le 31 octobre 1951, il sera nommé «Bachagha honoraire». Malgré une « sujétion évidente à la logique institutionnelle du pouvoir colonial », le « Sayed » continue de jouir d'un prestige sans précédent, comme si les affiliés de la zaouïa et la population considéraient le fait colonial comme un « mal inévitable »: si personne ne pouvait l'éviter, pourquoi «le Sayed» en effet porterait seul la responsabilité ? Sidi Abderrahman, très populaire, fut un cheikh, un Sayed, un administrateur et un gérant hors pair. Il régna sur la zaouïa de Kénadsa qu'il dirigea de main de maître pendant 56 ans. Il fut connu pour le faste jamais égalé de ses difas et de ses réceptions, de sa générosité et de son savoir-faire protocolaire: il pouvait en effet inviter plus de 5.000 personnes pour des repas conviviaux, que tout ce monde trouvera à boire, à manger et à dormir. Il fut également connu pour le luxe de ses voitures. Toujours habillé de blanc immaculé, il portait un éternel mouchoir rouge dans la main et une tabatière en ivoire. Ses déplacements et ses sorties publiques étaient toujours d'une solennité inimitable. Il avait sa propre équipe de football et son propre stade. Il se rendait à tous les matches officiels joués par son équipe et se mettait souvent sur la ligne de touche pour encourager les joueurs, exactement comme le font les coaches actuels. Il connaissait chaque joueur par son « petit prénom ».



La zaouïa et la révolution de Novembre

 

Dès les premières années de la Révolution de 54, la zaouïa de Kénadsa a tout de suite intéressé tous les antagonistes: la France, le FLN et le Maroc. Le Sayed était devenu un enjeu de taille.

Tout le monde connaissant l'ascendant que le « Marabout » pouvait avoir sur les populations locales et, par voie de conséquence, l'influence possible sur les moudjahidine qui ont pris le maquis, mais aussi sur ceux qui étaient dans les organisations civiles clandestines du FLN. Si en effet le marabout penchait pour le FLN, la France perdait un atout majeur dans la région. Elle créera la radio périphérique de Béchar et espérait bien l'utiliser dans son action psychologique qui consisterait à s'adresser aux populations de la région par la voie des ondes à l'effet de les rallier à son projet de « l'Algérie française ». Les Marocains qui agissaient dans le même sens, mais pour un but différent, espéraient faire venir le marabout au Maroc pour qu'il se rallie aux revendications territoriales marocaines sur la région de Béchar jusqu'au fin fond du Touat. Quelques transfuges kénadsiens, mais d'origine marocaine notoire, étaient déjà à la fin des années 50 instrumentalisés, notamment par le parti de l'Istiqlal, et s'adressaient par la voie de la radio marocaine aux populations de la région de Béchar pour leur dire « qu'elles étaient marocaines et qu'elles devaient se soulever pour se rallier à la mère patrie, le Maroc ».

Mais dans les moments difficiles chacun reconnaît les siens. Le marabout avait déjà choisi son camp naturel: le FLN. La France le sut à ses dépens. Elle le mit tout de suite en résidence surveillée. Trois groupes de militaires se relayaient pour surveiller sa maison 24 heures sur 24. Il ne pouvait plus bouger sans « sa garde rapprochée ». Pour justifier cet emprisonnement patent, les Français évoquaient « la sécurité du cheikh». Les dirigeants du FLN de l'époque, ayant mesuré l'importance de l'enjeu, décidèrent de le faire « évader». Ainsi, sous le prétexte que la famille du marabout devait se rendre au bain maure, on fit «voiler» le Sayed dans un haïk et on le mit au milieu d'un groupe de femmes pour traverser le chemin de garde. Et c'est ainsi qu'il pu tromper la vigilance de ses geôliers et se retrouver le lendemain à Bouanane, au Maroc. On le fit passer à Melilla, puis en Espagne. De là, il rejoignit la Révolution en Libye, puis au Caire. Il regagna son pays indépendant en 1962 et s'installera dans un premier temps à Alger (Bouzaréah) et ne gérera sa zaouïa que de loin. Puis, il élira domicile à Gdyel, près d'Oran, et ce pratiquement jusqu'à sa mort. Il revenait dans sa zaouïa aux événements familiaux et pendant les fêtes religieuses, notamment le Mawlid Ennabaoui qu'il ne ratait jamais sept jours avant et sept jours après à Kénadsa. Notre cheikh-moudjahid s'est éteint le 28 février 1991 à Oran. Mais il se fera enterrer à Kénadsa dans son ksar d'origine, non pas dans un carré privilégié auprès de ses aïeux, mais au cimetière du commun des mortels, près de la tombe d'un grand savant soufi kénadsien: Sidi Ahmed ou-Simmou. Pour ce faire, le Sayed avait de son vivant fait enlever un vieux mur de pierres pour y mettre sa propre sépulture afin que celle-ci jouxte celle de cet homme soufi, Sidi Ahmed ou-Simmou, pour lequel il avait une immense admiration.

Sidi Abderrahman, en homme pieux, pensait peut-être que Dieu serait encore plus clément et miséricordieux pour lui au voisinage d'un tel homme. Il fut mis sous terre à l'endroit qu'il a voulu, en présence d'une foule immense et de gens venus des quatre coins du Maghreb. C'était la fin d'une époque.

Source: A. Aziz, Le Quotidien d'Oran.

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Published by Sofiane - dans Saoura
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