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Grande vallée façonnée par l’Oued portant le même nom, la Saoura est l’une des régions les plus attrayantes du sud algérien. Elle est limitée au Nord par les Monts des Ksour et le Haut Atlas marocain, à l’ouest par la Hamada du Draa, à l’est par les oasis du Tidikelt et au sud par le plateau du Tanezrouft. Un décor fait de paysages lunaires de la Hamada du Guir contrastés à l’autre rive par les splendides dunes dorées du grand Erg Occidental. Entre ces deux ensembles féeriques s’incrustent, tels les joyaux d’un collier, palmeraies et ksour le long du lit des Oueds.

 

  

 

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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 11:10
 
Mohamed Ould Cheikh (Mohamed AGHA fils de Cheikh AGHA) est né à Bechar le 27 février 1905, soit 2 ans après l'occupation de cette ville par les forces coloniales. Il poursuit ses études de première scolarité dans sa ville natale. Elève studieux et intelligent, il arrive à rejoindre le lycée d'Oran pour continuer des études secondaires qu'il ne pourra cependant pas mener à leur terme, pour on ne sait quelle raison. Il retourna à Bechar et s'attacha à poursuivre des études en autodidacte.

Il se gave de lectures et entretient des relations épistolaires suivies avec certains milieux intellectuels d'Oran. Et dans ce Colomb-Béchar «avec sa foule mélangée, ses costumes parfois du bon faiseur, son agitation, ses boutiques affichant la prétention d'être achalandés à la moderne », dans cette ville , née du néant et qui se voulait déjà bourgeoise, Mohamed Ould Cheikh multiplie les causeries avec les lettrés autochtones européens. Il paraît d'ailleurs bien intégré dans la bonne société européenne locale, comme en témoigne son poème, «le bal masqué » :

« Entrons dans la salle Mestre
Aux premiers sons de l'orchestre
C'est le bal masqué cette nuit »

La salle Mestre est une brasserie du centre ville de Bechar, jadis lieu de rencontre de l'élite européenne locale. Et à l'aboutissement de ses lectures diverses, de ses échanges épistoliers, de ses discussions littéraires, de ce «service inutile », comme Montherlant de passage dans la région se plaît à qualifier les occupations quotidiennes des habitants de la ville de Bechar, Mohamed Ould Chekh écrit. De la poésie mais aussi des nouvelles.

D'abord de la poésie :

En 1924, à 18 ans, il fait apparaître un premier recueil de poèmes en prose à Bechar. La même année, il édite une série de poèmes et quelques nouvelles dans la revue « Oran », dirigée alors par Alfred Cazes : « Razzia au désert », «crépuscule de l'Islam ». D'autres écrits sont publiés en 1925 comme : « Mektoub d'Oran » "joies funèbres". Le jeune poète paraît décidé à faire parler de lui et à s'imposer parmi l'élite littéraire de l'époque.

Et toutes les opportunités semblent bonnes à saisir : En 1930, il saisit l'occasion les fêtes du centenaire et participe à une anthologie poétique, « Poètes d'Oranie ». Il est nécessaire de comprendre l'attitude de ces jeunes créateurs indigènes de l'époque qui pour être édités et s'exprimer devaient payer tribut de soumission au pouvoir colonial, toujours méfiant à leur égard.

Son recueil de poèmes «chants pour Yasmina » est édité. Les fêtes du centenaire sont célébrées avec un faste provocateur et de façon générale les populations algériennes vécurent ces fêtes avec une profonde humiliation. Même les notables les plus acquis à l'administration ou à la culture française, comme peut le paraître Mohamed Ould Cheikh ne purent cacher leur gène et leur embarras.

L'effet gênant de ces fêtes, mais aussi la maladie : une affection pulmonaire qui mine sa santé déjà frêle semblent avoir marqué un tournant décisif et déterminant dans la vie du jeune écrivain becharien Pour se soigner, il parcourt les villes et les stations thermales dans l'espoir d'une guérison. Ses pérégrinations l'amèneront à Tlemcen, Oran, Bou-Hanifia, Vichy Traitements médicaux et cures thermales se conjuguent avec les lectures, les discussions et les rencontres d'intellectuels de tous bords. Et aussi et toujours cette hargne d'écrire.

Puis un roman marquant l'identité :

En 1936, il publie à Oran son premier roman « Myriem dans les palmes » . Un roman remarqué par la critique locale. La trame du roman est construite autour d'une intrigue dont le dénouement symbolise le triomphe de l'identité algérienne et l'impossibilité de l'assimilation : Myriem, l'héroïne du roman et son frère Jean-Hafid, issus d'un couple mixte, finissent après moult aventures par épouser l'identité arabo-musulmane vers laquelle les attirent leur mère Khadidja.

« Le capitaine Debussy meurt, jean et Myriem grandissent. Le fils aîné devient officier aviateur, la jeune fille instruite par un taleb, se laisse, sous l'influence maternelle, glisser peu à peu vers l'Islam. »

Le jeune écrivain du sud a donc nettement évolué. Tout en s'exprimant dans cette langue française dont il aime la poésie, il prend conscience de la différence de l'Algérien, de son identité. De la à lutter pour imposer et émanciper cette identité, il n'y a qu'une oeuvre littéraire et Mohamed Ould Cheikh, puisant dans ses dernières ressources, va l'écrire.

Puis un théâtre beaucoup moins ambigu :

Ce sera une oeuvre de théâtre, car ayant suivi les débuts du théâtre populaire algérien, il a compris sa portée politique : Sa nouvelle oeuvre s'intitule : « Samson l'Algérien » . La pièce était un hommage à l'émir Khaled mort une année auparavant.
Mohamed Ould Cheikh contacte Bachtarzi , le célèbre dramaturge algérien et lui propose de monter la pièce. Bachtarzi est séduit mais effrayé par la virulence du texte, il écrit dans ses mémoires :

« Il y avait la un talent manifeste. Il y avait aussi toute la passion, toute l'indignation d'un jeune musulman qui jaugeait à sa juste valeur le paternalisme qui nous engluait. Mais cette passion s'exprimait d'une manière trop violente pour que nous n'allions pas tout droit nous casser le nez sur une interdiction. Comme il me demandait de me charger de la traduction, je lui ai fait accepter en même temps des adoucissements. Le résultat sauvegardait assez bien la pensée de l'auteur sans donner trop de prise a la censure »

Grâce à quelques «adoucissements », la pièce passa le cap de la censure. Présentée en 1937, elle obtint un formidable succès lors des tournées de la troupe de Bachtarzi dans le pays, à Annaba, à Mostaganem , à Sidi bel Abbés, etc. A Oran, le public fait une chaude ovation au jeune auteur.

Le texte est accueilli avec enthousiasme par la classe politique algérienne indigène : Lamine Lamoudi, militant du mouvement Ouléma, luttant alors pour faire aboutir «la charte revendicative du peuple algérien musulman » adoptée par le Congres musulman de 1936, écrit à propos de cette pièce : « Khaled, le héros de la pièce est un musulman brave et généreux, un homme de coeur qui milite pour le relèvement moral et matériel de ses coreligionnaires. Il les aide, les protège et les défend par son activité, son courage et sa bonté et souvent, tel Samson, il réalise l'impossible pour leur rendre service? il n'hésite pas devant le danger, à sacrifier son amour, son bonheur, pour le salut de son peuple », ( la Défense du 21 mai 1937).

Reprise en 1947, la pièce s'avère toujours « d'une brûlante actualité » note Alger Républicain du 21 août 1947 et elle est alors interdite par les autorités coloniales. Suite à une nouvelle représentation de la pièce à Alger en 1951, Mohamed Dib, alors à Alger-Republicain souligne le caractère révolutionnaire de la pièce et note que le silence sélectif des autres Quotidiens d'Alger qui n'en ont donne aucun compte rendus. (Alger-Republicxain du 12 décembre 1951).
 
Miné par la maladie, Mohamed Ould Cheikh reprend sa plume décidé à utiliser ses dernières forces, tel Samson, Le héros de sa pièce, pour lutter pour son peuple. Il met en chantier deux oeuvres dont il annonce la parution incessante : un nouveau roman « La Vierge du douar » et une nouvelle pièce en quatre actes, dont l'intitulé paraît encore plus engagé : « Vive l'Algérie ». Mais rongée par la maladie, a bout de forces il s'éteint le 29 janvier 1938 à Bechar, sans avoir pu publier ses dernières oeuvres.

La ville de Bechar qui devrait tirer une fierté légitime de cet enfant prodige continue à l'ignorer. Aucun lycée, aucune université, aucun édifice culturel ne porte le nom de ce brillant enfant du pays mort sans avoir pu donner toute la mesure de son génie. Le mot «ignorer » est à prendre dans le sens de « méconnaissance et absence de culture » mais aussi et malheureusement aussi dans le sens de « manque de considération » pour l'un des premiers écrivains en langue française du pays.

Source : A.HANI.
www.dzlit.free.fr/mouldcheikh.html
 


 

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Published by Sofiane - dans Culture
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