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Grande vallée façonnée par l’Oued portant le même nom, la Saoura est l’une des régions les plus attrayantes du sud algérien. Elle est limitée au Nord par les Monts des Ksour et le Haut Atlas marocain, à l’ouest par la Hamada du Draa, à l’est par les oasis du Tidikelt et au sud par le plateau du Tanezrouft. Un décor fait de paysages lunaires de la Hamada du Guir contrastés à l’autre rive par les splendides dunes dorées du grand Erg Occidental. Entre ces deux ensembles féeriques s’incrustent, tels les joyaux d’un collier, palmeraies et ksour le long du lit des Oueds.

 

  

 

Archives

4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 14:54

 

LA MORRISSON AND KNUDSON INTERNATIONAL COMPAGNY

 

Pour faire «californien» on fit même appel aux Américains. Ainsi la viabilisation des terres avait été confiée à une société américaine, la Morrisson & Knudson International Compagny (MKIC). Il s'agissait d'une opération centralisée, liée à un prêt de l'Eximbank, une banque américaine connue. Et lorsqu'une banque de ce genre prête de l'argent pour un projet donné, à un pays en particulier du Tiers-monde, elle exigerait que ce soit une entreprise américaine qui réalise physiquement le projet. Cela obéit à une certaine logique qui se comprend aisément. D'abord le projet doit profiter en premier à l'économie américaine, d'autre part, dans une autre alternative, l'argent ne risquerait pas d'être dilapidé ou détourné de son objectif.

Les Américains ont installé leur base de vie et de travail sur le site. Ils ont commencé à embaucher à toute berzingue, tant et si bien qu'un grave déséquilibre dans l'emploi de la main d'oeuvre fut ressenti dans toute la région comme un séisme social. Tout le monde voulait travailler «chez les Américains» affriolé par les salaires mirifiques qu'ils pratiquaient. On nota une certaine désertion au niveau des autres chantiers de la région. Une main-d'oeuvre très diverse accourait de toutes parts. Jamais la loi de l'offre et de la demande n'aurait subi un tel choc sur «la bourse» du travail : une dérive insolite qui constitua un vrai casse-tête pour les autorités locales. C'était la ruée vers Abadla. Ce modeste village était devenu pour un temps, le «Far West» de la «ruée vers l'or». Il ne manquait plus que les chevaux, les révolvers et la poudre à canon.

Ayant fait le plein en main-d'oeuvre, les Américains s'attaquèrent à l'objectif de leur contrat : la viabilisation du périmètre. Commencèrent alors les opérations de défrichage, de désherbage, de terrassement, de nivellement, de pose de drains, de construction de canaux magistraux, de canaux secondaires etc. Ces «diables» travaillaient d'arrache-pied de jour comme de nuit. La nuit ils utilisaient de puissants projecteurs dont on pouvait apercevoir les lueurs blanchâtres et poussiéreuses à des kilomètres. Le désert se transformait à vue d'oeil. Les autochtones regardaient ébahis les engins en actions sur le site, admiraient et commentaient les nouvelles techniques, le savoir-faire de ces géants blonds aux yeux bleus, bottés de cuir, venus d'une autre planète. Des machines bizarres, monstres, prodigieux, s'attaquaient à la forêt touffue des tamarix millénaires de l'oued Guir pour les déraciner, les arracher du plus profond des entrailles de la terre, pour laisser place à de grandes surfaces planes d'une régularité incroyable.

Le travail ne manquait pas dans la région. C'était l'époque qui suivit la nationalisation des hydrocarbures. En d'autres termes, l'époque «des vaches grasses» qui permettait une politique de «plein emploi» sans souci du lendemain. Une époque qui, curieusement a quelques ressemblances avec celle que nous vivons actuellement.


 

LES STRUCTURES DE REALISATION DE L'ETAT ET LEURS ACTIONS

 



Des structures administratives «de mise en valeur du périmètre» ont été installées sur la plaine tels :

 - le CDR (Commissariat de Développement Rural)

 - l'ONAMA (Office National du Matériel Agricole)

 - Le CFVA (Centre de Format. Et de Vulgarisation Agricole)

 - La station de l'INRA devenue ITDAS

 - OPI (Office du Périmètre Irrigué)

A titre indicatif, le périmètre d'Abadla était le périmètre agricole le plus mécanisé d'Algérie. Le «Commissariat de Développement Rural» (CDR), un établissement public à caractère administratif qui fonctionnait cahin-caha, avait du mal à suivre le rythme imprimé au chantier par les Américains. Cet établissement devait «logiquement» atteindre sa vitesse de croisière après réception des terres et leur distribution aux paysans, en même temps que la mise en place des organes de gestion de la Révolution Agraire.

Parallèlement, les autorités locales avaient pour mission de construire sur le site, six villages de la Révolution Agraire. C'est-à-dire préparer les logements que devaient habiter les paysans bénéficiaires des terres agricoles de la «Future Californie de l'Algérie».

Nolens volens, les six premiers villages agricoles prirent forme. Un jeune architecte belge, coopérant technique chargé des études d'un projet (inespéré «en son plat pays»), s'était fait les dents sur une architecture providentielle techniquement «en déshérence». Ainsi, l'agrégat des logements de l'un de ces villages, vu d'avion, configurent les initiales du nom et prénom de cet architecte indélicat.

Ces constructions étaient (et sont encore hélas !) loin d'être des modèles accomplis d'art architectural. Mais enfin, sur cet aspect-là, même à cette époque on était aussi moins regardant qu'aujourd'hui sur la qualité du produit. Néanmoins, ces «cubes» de béton, accolés les uns aux autres construits à la fin des années soixante dix avaient les circonstances atténuantes d'être des «logements ruraux» et peuvent bénéficier d'une certaine indulgence inhérente à l'inexpérience des jeunes cadres de l'époque. Mais depuis, «nous avons fait un grand pas en avant» : nous avons ruralisé, plus exactement, nous avons «gourbisé» les logements au coeur même de nos villes. Du coup, les logements de la plaine d'Abadla «de la Révolution Agraire» peuvent faire désormais bonne figure dans la médiocrité urbanistique générale !

En matière d'équipements sociaux et administratifs, il était prévu en chaque village une mosquée, un dispensaire, une mairie ou une antenne de mairie, une école primaire, un bureau de poste etc. Tout cela avec possibilité d'extension.

Comme c'était de nouvelles créations, pour un besoin de commodités bureaucratiques, les villages avaient reçu pour noms premiers, des lettres de l'alphabet latin. On avait ainsi :»village A», village «B», «village C» et ainsi de suite. Le village «E», était destiné à devenir le nouveau Abadla. Le nouveau village fut construit sur un plateau rocailleux limitrophe à l'ancienne agglomération agro-pastorale qu'était l'ancien Abadla. Ce village dit «E» (future capitale de notre «Californie»), porte aujourd'hui le nom de Abadla «capitale» de la plaine éponyme. Mais il faut bien se garder de tenter la moindre comparaison avec la vraie Californie, et encore moins avec la capitale de celle-ci qui se trouvent l'une et l'autre à des années lumières des nôtres. Les autres villages (A, B, C, D, et F) sont aujourd'hui baptisés par des noms de marabouts également éponymes ou de noms de chahids. L'un de ces villages porte le nom prestigieux de «Machra'a Houari Boumediene» (c'était le moins que l'on pouvait faire pour rendre en ces lieux farouches, un insigne hommage au président défunt). De l'ancienne agglomération qui était un petit village en toubs (briques rudimentaires d'argile séchée parfois mélangée de paille) accroché sur une butte dominant la plaine, on conserva quelques constructions utiles (casernes, quelques bâtiments administratifs civils, quelques maisons particulières). Le reste a été rasé.


 

NI CALIFORNIE, NI KOLKHOZE NI KIBBOUTZIM

 


Quid de ce périmètre qui devait nourrir non seulement toute une région, mais aussi une bonne partie du pays, et qui devait déverser ses surplus de produits sur les pays frontaliers ?

La partie du périmètre viabilisée et livrée pendant les années 70, était de 5400 Ha, divisée en parcelles réparties sur les deux rives de l'oued Guir, en aval du barrage dit «de reprise» servant à réguler la distribution des eaux (petit barrage aménagé en amont de la plaine et en aval du grand barrage de Djrof-Torba). Aujourd'hui, trente ans après, cette superficie s'est réduite comme une peau de chagrin : elle ne fait plus que 1200 ha et dans un état lamentable. Nous sommes donc loin des 16 000 ha ambitionnés à l'origine du projet.

Cela veut dire que, pendant ces trente dernières années, 4 200 ha viabilisés à coups de millions de dollars US sont perdus à jamais parce que non cultivés et leur dégradation s'accentuant avec le temps. Ici, la nature sauvage a repris ses droits. Les surfaces abandonnées par l'homme ont été envahies par le sable et par différentes sortes d'arbustes et d'herbacées tels que le tamarix, le chiendent et les roseaux. Parmi les raisons évoquées pour justifier d'abandon de ces terres, les services agricoles avancent leur excessive salinité. Mais, n'avait-on pas prévu cet état de fait ? Oh que si ! En effet, à quoi sert le système de drains installé à l'origine sur le périmètre et permettant justement d'évacuer le sel ? La triste réalité est que ce système de drainage n'a jamais bien fonctionné et le lessivage des parcelles n'a pu donc se faire. Selon un ingénieur agronome des services, cette carence «originelle» organique, a fait que la machine à fabriquer les drains, non utilisée, a disparu du périmètre. Il s'agit d'une machine-usine qui non seulement fabrique les drains, mais qui creuse, pose les drains et les enterre. Par ailleurs, d'après un rapport des services techniques, «les opérations de sous-solage servant à briser la semelle de labour, abandonnées depuis le début des années 80, ont entraîné la formation d'un horizon imperméable à une profondeur de 30 cm, constituant un barrage à l'infiltration des eaux. Les sols devenus hydromorphes, entraînent l'accumulation d'eau en excès».

 

ETAT DU RESEAU D'IRRIGATION DIT «A LA CALIFORNIENNE»

 


Le système d'irrigation adopté dès l'origine sur le périmètre est dit de «type californien» ou arrosage «à la californienne». Aussi, l'utopique «Californie de l'Algérie» n'était pas tout à fait une simple vue de l'esprit. Au niveau de la plaine de Abadla, le système en question était constitué du barrage de reprise visé supra, de canaux dit «magistraux», de canaux «secondaires» et «tertiaires» à ciel ouvert, d'une canalisation souterraine. Le tout fonctionnant selon un mécanisme de gravitation des eaux, de bornes d'irrigation, de vannes et de débitmètres : ce que les ingénieurs de l'agriculture appellent dans leur jargon «le système piézométrique».

Tout cet ingénieux système est aujourd'hui quasiment hors d'usage par manque d'entretien. Des kilomètres de canalisation de diverses dimensions sont abandonnés à la nature, ensablés et/ou envahis par le tamarix, le chiendent ou le roseau.

 

 

 

LA PLAINE AUJOURD'HUI


Le périmètre est en train de perdre sa caractéristique de «périmètre irrigué». En effet, l'irrigation «à la californienne» est actuellement abandonnée au profit d'un autre système qui est «le goutte à goutte». D'après notre ingénieur suscité, ce dernier système est non seulement inadapté mais il est quasiment ruineux sur le plan financier, parce qu'il nécessite la construction de bassins de retenue, lesquels bassins exigent des pompes et de l'énergie électrique pour leur remplissage. L'énergie électrique est également indispensable pour la distribution de l'eau ( la distribution originelle se faisait par gravitation donc gratuitement en quelque sorte) et ce, sans compter le coût du système du «goutte à goutte» en lui-même.

Toujours selon notre source, «le goutte à goutte» convient lorsque l'eau manque. Or, au niveau du périmètre d'Abadla ce n'est pas le cas. Par conséquent, le nouveau système dénature complètement la destinée du périmètre qui, à l'origine, devait être un immense verger (production de fruits) et une aire de production de cultures fourragères destinées aux diverses laiteries notamment celle d'Igli. Celle-ci fonctionne depuis sa création avec du lait en poudre. Quant aux chèvres laitières espagnoles importées à coût de devises fortes, pour faire du «formage de chèvre», on ignore ce qu'elles sont devenues. Dans cette optique, l'industrie agro-alimentaire que le périmètre était censé créer et alimenter, demeurera une vue de l'esprit tout comme «le rêve californien» de la plaine du Guir.

Il semblerait qu'aujourd'hui le périmètre soit orienté vers la culture du palmier dattier. Est-ce une orientation dictée par un choix de facilité ? Là aussi, selon notre ingénieur, il s'agit d'un mauvais choix. D'après ce spécialiste, le palmier dattier ne pourra jamais réussir sur la plaine du Guir à cause des variations excessives de température entre le jour et la nuit où celle-ci descend parfois au dessous de zéro degré Celsius ce qui entraîne un certain gel des racines. Le palmier exige une grande quantité d'eau à la plantation que le système du «goutte à goutte» est incapable de lui fournir.

Pour conclure, force est de constater que ce projet agricole de la plaine de Abadla, qui a suscité un grand espoir pour la région, se résume en définitive, par un véritable fiasco. Un projet qui a dramatiquement avorté. Nous ne savons pas pourquoi tant d'efforts et d'argent ont tourné au désastre : au lieu de 16 000 ha de prévus, à peine 1200 ha sont actuellement en exploitation. Et quelle exploitation ? Sans le système de drainage des sels, ces quelques ha qui restent sont également voués à une mort certaine. Les Américains étaient partis précipitamment. Pourquoi n'avaient-ils pas été jusqu'au bout de leur contrat ? Dieu seul le sait sans les «rracikhouna fi el ilm».

Nous sommes à la fin des années l970. La DNC avait pris la suite des Américains. Puis d'autres intervenants sont venus et encore d'autres. Le bout du tunnel n'est pas visible. A l'époque quelqu'un, un «sceptique» qui avait le sens de l'humour, avait comparé ce projet au jeu du bonneteau, où en désespoir de cause le joueur infortuné continue à jouer, non pour gagner, mais, dans l'espoir de récupérer un peu de son argent perdu. Quand il s'agit de milliards de dinars sur plus de trente ans, cela ne ressemble-t-il pas à de la schizophrénie ?

 


Source : A. AZAZI, Le quotidien d'Oran.

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Published by Sofiane - dans Béchar
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Clovis Simard 24/09/2012 02:18


Blog(fermaton.over-blog.com)No.3- THÉORÈME ILLUSOIRE. - Le temps de la sagesse.