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LA SAOURA

Grande vallée façonnée par l’Oued portant le même nom, la Saoura est l’une des régions les plus attrayantes du sud algérien. Elle est limitée au Nord par les Monts des Ksour et le Haut Atlas marocain, à l’ouest par la Hamada du Draa, à l’est par les oasis du Tidikelt et au sud par le plateau du Tanezrouft. Un décor fait de paysages lunaires de la Hamada du Guir contrastés à l’autre rive par les splendides dunes dorées du grand Erg Occidental. Entre ces deux ensembles féeriques s’incrustent, tels les joyaux d’un collier, palmeraies et ksour le long du lit des Oueds.

 


  
Lundi 3 mars 2008

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Créé à Colomb-Béchar le 24 avril 1947, le Centre d'Essais d'Engins Spéciaux (CEES) devient inter-armées - Terre et Air - en 1948. C 'est un polygone depuis lequel pourraient être lancés des engins spéciaux, qu'ils soient du type Sol-Air, Air-Sol, Sol-Sol, Air-Air, etc., et effectuées du sol, les mesures indispensables à la mise au point de ces engins. La présence d'une petite oasis et d'une base aérienne rendaient possible la vie du personnel une bonne piste et deux voies ferrées, dont une à écartement normal, reliaient le Centre à la Côte (700 km au nord). L'intérêt d'un tel choix ne s'arrêtait pas là sans être absolument parfaites, les conditions atmosphériques étaient en général favorables pour les tirs, l'ensoleillement et le ciel d'une pureté rare permettant l'emploi de dispositifs optiques 250 jours sur 365. Une extension possible était alors envisagée vers un plateau se trouvant à une centaine de kilomètres vers le sud-ouest de Béchar. En 1949, les premiers engins étaient lancés d'un petit champ de tir." B-1 ". On y tirait des engins de courte portée sa profondeur était l'imitée par le relief, la présence de la frontière marocaine à l'Ouest, les agglomérations de Colomb-Béchar et Kenadza. Rapidement, le domaine d'action des engins devenait plus vaste. L'installation du champ de tir destiné aux longues portées s'imposait. En 1951-1952 naissait B-2 Hammaguir, nom créé pour la circonstance (contraction de Hamada du Guir) situé à 120 km au sud-ouest de Colomb-Béchar, sur un plateau. Hammaguir présentait des dégagements importants. En effet, la Hamada s'étendant sur 200 km environ vers le Sud-ouest, on pouvait prévoir un réceptacle à cette distance au Sud-est, d'autres réceptacles à 500, 1000, 1 500, voire même 3000 km pouvaient être envisagés. en raison de l'étendue désertique. C'est ainsi que le déploiement des appareils de mesures de B-2 fut décidé en fonction d'un axe de tir orienté vers le territoire du Tchad, et que des travaux géodésiques furent exécutés, reliant Hammaguir au réceptacle intermédiaire " 1500 km" de Djanet au cours de la campagne 1960-1961.

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A partir de 1952 est construit le pad de tir Brigitte, affectée au programme de fusées expérimentales de la série des Pierres Précieuses, et au lanceur spatial Diamant. Situé par 30.9° Nord et 3.07° Ouest, la base permet de lancer des satellites sous une inclinaison de 34.0° au minimum et 40.0° au maximum. 

                                                                        

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En 1962, l'indépendance de l'Algérie provoqua un changement majeur dans les programmes de développement du champ de tir en limitant aux deux polygones d'essais de Colomb-Béchar et d' Hammaguir les dimensions définitives, réceptacle compris. Il fallut modifier l'implantation des matériels, en vue d'accomplir les missions de mesures sur des missiles lancés à la verticale et non plus tirés sur trajectoires tendues, c'est-à-dire sur longues distances. Les portées étant ainsi réduites aux dimensions du polygone lui-même, les culminations allaient être très sensiblement plus élevées. Afin d'élargir la base de mesures, les moyens des deux champs de tir B1 et B2 durent être employés simultanément pour des mêmes tirs à la verticale d'Hammaguir, pouvant atteindre l'attitude de 2000 km. Dès lors, on pouvait parler d'un seul champ de tir " Béchar-Hammaguir ". Les constructeurs d'engins balistiques et autres missiles ne tardèrent pas à prendre conscience des possibilités que le CIEES mettait à leur disposition une base bien conditionnée, dotée d'un matériel moderne, et où leurs expériences pouvaient être menées avec un maximum de sécurité. Le volume des essais ne tarda pas à s'accroître, tant au profit des entreprises expérimentant du matériel militaire -vocation première du Centre - qu'au profit d'organismes civils français. C'est ainsi que le CNES procède couramment à des expériences scientifiques au profit du Laboratoire d'Aéronomie et du Laboratoire de Physique de haute atmosphère. Ayant poursuivi le développement de ses équipements au même pas que celui des engins, le ClEES s'est trouvé fin prêt pour le premier lancement spatial.

Aux termes d'une " Convention d' Essais passée entre le général-directeur du ClEES et le constructeur, le Centre s'engage à: 
- mettre à la disposition de l'expérimentateur un champ de tir adapté 
- fournir un certain nombre de mesures 
- assurer le soutien logistique nécessaire
en contrepartie, le constructeur s'engage à tirer un engin
- dont les caractéristiques doivent être conformes aux impératifs de sécurité (sauvegarde) 
- dont l'équipement doit être compatible avec les appareils de mesure du champ de tir.
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La préparation d'un essai donne ensuite lieu à la rédaction d'un Ordre d’Exécution d’Essais Particulier, document qui détaille la chronologie et les fonctions de chaque participant, y compris le constructeur. Dans le cas d'un tir de l'importance du lancement de A-1 et de D-1A, la préparation doit être menée d'une manière intensive et parallèlement à l'exécution des autres essais. Elle aboutit à la rédaction d'un ordre d'essais volumineux, de 120 pages, qui exige une coordination étroite avec des organismes situés en métropole. Sa rédaction pose des problèmes jamais encore abordés sur le champ de tir et de leur connaissance dépend l'établissement de procédures permettant en particulier d'envisager la " réacquisition du satellite. La responsabilité de la rédaction de l'ordre d'essais est confiée à un officier d'essais " dont la mission est de vérifier la préparation du champ de tir, d'assurer la coordination de tous les moyens du constructeur et du centre participant au tir en faisant respecter intégralement la chronologie, puis de faire un compte rendu détaillé sur tout le déroulement des opérations. Ses connaissances sur l'engin et le champ de tir doivent être parfaites. Au moment du tir, c'est lui qui " tiendra les commandes ", tel un chef d'orchestre. Avant le premier tir " Diamant ", 6 " essais généraux " avaient été réalisés, à raison d'un par jour, ceux-ci étant en quelque sorte un examen blanc du champ de tir où chaque détail était repris aussi consciencieusement que s'il s'était agi du tir réel.

 

Le grand polygone de Colomb Béchar-Hammaguir comprend une série de moyens de trajectographie que t'on peut classer en deux familles 
- Tout d'abord des moyens optiques qui reproduisent des films le comportement de la fusée à tout instant. Des repères en sites et gisements définissent sa position on les appelle cinéthéodolites. Des caméras et ciné-télescopes ajoutent à ces moyens de trajectographie optiques des photographies d'événements ou d'attitudes de l'engin autour de son centre de gravité; 
- Des 'moyens électromagnétiques qui comprennent les radars et tes systèmes Secor et Cotar, dont le principe est fondé sur l'interférométrie. On trouve ensuite des stations de télémesure dont le rôle - tels de gigantesques stéthoscopes - est d'ausculter en permanence le cœur " même de l'engin pendant le vol. Ces moyens sont répartis sur l'ensemble du polygone. Le célèbre radar " Aquitaine " par exemple, dont la portée atteint 3000 km se trouve sur la crête d'une colline surplombant B-1, 'c'est-à-dire à 120 km environ de l'aire de lancement. Un tel recul est nécessaire pour un radar de cette portée surtout 'lorsqu'il s'agit de tirs verticaux. Tous les moyens Cités sont synchronisés par 2 horloges électroniques de haute précision se recalant l'une sur l'autre. Ces horloges sont d'une précision telle qu'elles ne subiraient qu'un décalage de 1 seconde en 500 ans par rapport au temps vrai. Cinéthéodolites, radars, antennes de télémesure, etc., vont poursuivre le satellite dans sa course jusqu'à sa disparition au-delà de l'horizon. Les renseignements obtenus seront les seuls critères du comportement de l'engin. La précision des résultats dépend principalement du matériel employé et de l'adresse des opérateurs. Par ailleurs, il est nécessaire de connaître la trajectoire au temps réel pour une éventuelle intervention sur l'engin. C'est alors qu'intervient le calculateur d'Hammaguir, relié à tous 'les appareils du champ de tir. Il est capable, non seulement de restituer instantanément la trajectoire sous forme de courbes (sur tables traçantes), mais encore de renvoyer une indication de repointage pour le moyen qui aurait perdu l'engin, et ceci bien sûr sans intervention manuelle de la part des opérateurs. Lors des essais généraux, la simulation du tir se fait au moyen de bandes magnétiques comportant des données Introduites dans le calculateur, et capables de concrétiser la trajectoire nominale de Diamant. Ces bandes peuvent même être " bruitées " ou " déviées " afin d'introduire des erreurs ou des défauts susceptibles de se produire dans le cas du tir réel.

La véritable chronologie commence à J-O. Les émetteurs de télémesures sont vérifiés soigneusement. Ce sont eux qui fourniront tous les renseignements sur le comportement 'du lanceur et du satellite lors de leur aventure spatiale (les paramètres mesurés à bord et recueillis au sol se chiffrent à 180 environ). On contrôle le répondeur " qui permettra d'augmenter considérablement la portée du radar ordinaire. Les éléments de la fusée arrivent en pièces détachées et prennent 'le chemin de la base Brigitte " '(base de lancement), où ils vont être assemblés étage par étage à l'aide d'un grand portique roulant. Dans le même temps, le soutien logistique fourni par le Centre aux équipes Constructeur bat son plein. Il a déjà fallu assurer le transport depuis la Métropole de près de 300 personnes. 800 tonnes de fret aérien sont manipulées en un mais. Dans le cas du tir du premier Diamant le 26 novembre, l'interruption des relations routières dues aux crues du Guir avait, par exemple, obligé le Centre à utiliser en permanence 5 avions " Noratlas " entre Béchar et Hammaguir.

6 h 00 avant l'heure prévue pour le tir, on procède au remplissage de la fusée. 13 tonnes d'acide nitrique et d'essence de térébenthine sont ainsi englouties par le premier étage de l'engin - remplissage délicat et dangereux - nécessitant le déploiement d'un service de sécurité important et entraîné. Les ergols sont acheminés depuis la métropole sous 'la responsabilité du Centre. Le transport s'effectue par voie routière et par bateau, à l'aide de " conteneurs " spéciaux : 28 de 2600 Litres d'acide nitrique et 2 de 4000 litres d'essence de térébenthine stockés à Hammaguir ils parviennent sur l'aire de lancement dans des véhicules appropriés. L'engin est vérifié une dernière fois sur sa table de lancement grâce à un Ultime contrôle de tous les équipements de bord, à l'aide d'une source d'énergie extérieure, Il s'agit en effet de ménager au maximum les batteries de bord, seule source d'énergie possible au cours du vol. 

H - 04 h 00  Toutes les sections sont à l'écoute de l'officier d'essai qui procède au contrôle ultime des liaisons internes et externes du champ de tir. Avec l'extérieur, ce sont les liaisons avec Brétigny (calculateur Hammaguir - calculateur du CNES. ; Diane/Hammaguir - PC, Diane de Brétigny), avec Villacoublay, avec 'l'escorteur " Guèpratte " enfin, qui croise dans le golfe de Gabès. Hammaguir et Béchar sont eux-mêmes reliés par 'un " câble hertzien " comportant 36 voies capables de fonctionner simultanément et par lequel s'opère l'échange des informations entre les équipements placés à Bêcher et à Hammaguir. Tout est donc prêt. L'officier d'essai, depuis son pupitre, égrène les derniers instants de la chronologie en surveillant attentivement le passage au vert des différents voyants de signalisation.

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Le système de télécommande utilisé en particulier pour penser, si nécessaire l’ordre d’allumage du 3ème étage.

 " 7 - 6 - 5 - 4 - 3 - 2 - 1 - Feu  " L'engin décolle 3 secondes après la mise à feu, temps nécessaire au moteur pour atteindre son plein régime de fonctionnement, projetant dans toutes les directions les panneaux de protection thermique. Les caméras ultra-rapides de rampe déroulent leurs 300 mètres de film à raison de 1 200 images à la seconde. Elles permettront de restituer le départ de la fusée avec un ralenti de 50 environ. Leur rôle, purement documentaire en cas de fonctionnement normal de l'engin, deviendrait capital an cas d'incident. Toute I " armada " des appareils optiques se déclenche alors suivant les ordres de l'officier d'essai, se relayant les uns les autres en fonction de leurs possibilités ou de leurs implantations, tant que le Diamant sera visible. Ce sont d'abord les cinéthéodolites de B.2 mieux placés pour 'le départ, puis ceux de B. 1. Dans le même temps ce sont les caméras d'attitude à grande vitesse de prises de vues, aux focales allant jusqu'à 2 m puis ce sera le tour des cinétélescopes " lgor " dont la focale atteint 12,50 m et dont la portée est de plusieurs centaines de km. 'L'antenne Cyclope a commencé à recevoir des informations dès le départ. Toutes sont enregistrées par des procédés appropriés (enregistreurs magnétiques, graphiques, photographiques, etc.) un bon nombre d'entre elles sont visualisées pour permettre de suivre le comportement de l'engin an temps réel. Parallèlement la station de télémesure de lancement de Colomb-Béchar reçoit et enregistre les mêmes paramètres, afin de pallier un affaiblissement éventuel du signal reçu par Cyclope, affaiblissement qui pourrait être dû à l'ionisation provoquée par le jet de flammes. Les radars de moyenne et longue portées d' Hammaguir (LV et TLP) prennent l'engin an compte pour le  donner au radar de trajectographie Aquitaine de Colomb-Béchar. Celui-ci va suivre l'engin jusqu'à as disparition au-dessous de l'horizon électromagnétique, c'est-à-dire jusqu'à une distance d'environ 3 000 km. Le système Gotar, omnidirectionnel, se tient " prêt " à redonner " l'objectif au radar Aquitaine et à l'antenne Cyclope, au cas où l'un ou l'autre viendrait à " décrocher Toutes les informations de trajectographie électromagnétiques sont en effet envoyées au calculateur central, afin d'être redistribuées vers les autres appareils où elles arrivent calculées dans leurs référentiels propres. Les tables traçants du poste de commandement du champ de tir (PCCCT) bourdonnent d'activité, filant à des échelles variables la trajectoire réelle de l'engin an fonction de critères soigneusement choisis.

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Le Poste de Commandement du Champ de Tir PCCT. Il contient le cerveau de toute opération de lancement, le calculateur central. 

Si tout se déroule normalement, la trajectoire est " nominale ", le programmeur de bord commande au moment voulu les différentes séquences. La seule intervention an vol peut être, après calcul du temps d'allumage du troisième étage, l'envoi de cet ordre. Si tout se passe comme prévu, la mise à feu du troisième étage est déclenchée par une minuterie. En cas d'une trajectoire aberrante ou d'un fonctionnement légèrement anormal de l'engin - basculement par exemple - il est possible de " sauver " la satellisation en avançant la mise à feu du troisième étage. 

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Champs de l' antenne AME Angle Mesearing Equipment qui permet de déterminer par interférométrie la direction de l' engin. les antennes positionnées à 5 mm près sont reparties suivant 2 axes orthogonaux de 150 m chaque. La portée peut atteindre 2000 km. Il y a deux stations de ce type.

12 mn du décollage, le satellite est maintenant sous l'horizon électromagnétique du champ de tir, la partie n'est cependant pas terminée. Les deux calculateurs d' Hammaguir et de Brétigny travaillant simultanèment, calculent chacun de leur côté 20 orbites possibles, à partir des informations recueillies lors de l'injection. Ces paramètres s'inscrivent sur une table traçante afin de permettre aux responsables d'établir leur diagnostic de satellisation et de choisir l'orbite la plus probable. Ces données, digérées par le calculateur d' Hammaguir. vont permettre d'orienter les appareils vers le premier " point de rendez-vous ", au-dessus de "horizon, lors de la prochaine apparition du satellite. Le radar Aquitaine annonce alors " Réac" Le Centre n'a cependant pas terminé son contrat il prépare tous les documents an vue de leur exploitation. Ceux-ci passent au Bureau Calcul Contrôle qui sera chargé de les pré-exploiter et de repérer les anomalies éventuelles avant de les donner au constructeur pour une étude approfondie.

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La station de télémesure à Hammaguir. l' antenne géante Cyclope pèse 35 tonnes et mesure 27 m de hauteur.

Véritable entreprise parfaitement rodée, le CIEES met ainsi an place au cours d'un essai " lourd ", 800 scientifiques et techniciens, militaires et civils, sur des équipements de pointe. 3000 personnes les ravitaillent, les administrent, dépannent leurs moyens de travail et de vie. Sa part de responsabilité dans les essais est normalement importante, lors du lancement du premier satellite elle fut exceptionnellement très lourde. Le Centre représente pour la France un bel exemple de coordination entre personnels officiers, ingénieurs militaires, ingénieurs, sous-officiers, personnels civils divers, hommes de troupe du contingent, tous venus d'horizon et de milieux différents, mais qui appelés à résoudre de nombreuses difficultés, se sont parfaitement intégrés, réussissant à dominer les problèmes posés et permettant ainsi, en neuf mois, lors de la dernière campagne, de réaliser plus d'un demi-millier d'essais sur le champ de tir Béchar-Hammaguir.

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Le radar de trajectographie Aquitaine capable de déterminer à 10 mètres près et 0,1 millirads près la position de la fusée. Sa portée est de 3000 km

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Le 1er juillet 1967, le CIEES est évacué et remis aux autorités algériennes, comme le prévoyaient les accords d'Evian signés en mars 1962

Source: http://www.capcomespace.net/dossiers/espace_europeen/ariane/espace_francais/diamant_CIEES.htm
par Sofiane publié dans : Histoire
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Dimanche 27 janvier 2008
Révélations sur une «prison sans barreaux» entre Béchar et Tindouf

Nicolas Sarkozy et une partie de la classe politique française ont beau plaider l'avenir franco-algérien, le passé n'en finit pas de se rappeler au souvenir. Périodiquement, la guerre, longtemps «sans nom», révèle un pan inconnu ou, à tout le moins inédit, des «événements d'Afrique du Nord».

Dernière page inédite en date, un voyage poignant dans le bagne militaire de Tinfouchi au fin fond du Sud-Ouest algérien. Spécialiste des questions militaires du conflit algérien, le professeur Jean-Charles Jauffret en livre le «dossier secret» dans la dernière livraison de «Guerre d'Algérie magazine».

Professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, Jean-Charles Jauffret dirige au CNRS un programme de recherches intitulé «Mémoires des combattants français de la guerre d'Algérie». Signataire de plusieurs ouvrages, il a publié en 2005 «Ces officiers qui ont dit non à la torture», un livre coédité en Algérie sans son introduction. Une coupe synonyme aux yeux de l'auteur de censure. Rappel de contexte et récit circonstancié à l'appui, l'historien apporte une nouvelle pièce à conviction sur l'arsenal répressif de la guerre d'Algérie. A l'image des exécutions sommaires, des enlèvements et de la gestion «politique» de la chaîne de la torture, Tinfouchi fait partie des secrets les mieux gardés de la séquence algérienne.

La chape de plomb et les manœuvres dilatoires des gouvernements de la IVème et Vème République ont maintenu un voile épais sur un «enfer» qui n'osait pas dire son nom. Le lieu perce le secret militaire un an jour pour jour après le retour au pouvoir du général de Gaulle.

Le 13 mai 1959, Raymond Guyot, un sénateur communiste de la Seine - ancienne circonscription regroupant Paris et ses banlieues immédiates -, s'empare de la parole et interpelle le ministre des Armées, Pierre Guillaumat. Sa question orale résonne douloureusement sous les lambris du Palais du Luxembourg.

 Sur la foi de doléances de militaires du contingent d'obédience communiste, le sénateur révèle l'existence, en plein désert, d'un bagne militaire. La sémantiquement correcte des armées le désigne sous le vocable de «compagnie disciplinaire d'Afrique du Nord». Le site a fait l'objet à chaud (1959) d'un dossier dans La Défense, le mensuel du Secours populaire français.

Depuis, victime d'un silence pesant, Tinfouchi s'est inscrit sur la liste des «plus grands oublis de cette guerre d'Algérie qui n'en finit plus d'étonner par ses déviances en marge de la légalité républicaine», explique le professeur Jauffret. L'historien auquel on doit, entre autres, un éclairage exhaustif sur le contenu des archives militaires s'est livré à une patiente recherche sur le bagne. A défaut d'archives militaires et institutionnelles disponibles, il a interrogé des «pensionnaires» du camp et consulté des fonds privés (courriers, photos). Cette matière lui a permis de restituer «la réalité d'une prison sans barreaux», opérationnelle entre juin 1958 et juin 1962.

Installé à mi-chemin entre Béchar et Tindouf, le bagne a abrité des «soldats du refus», ces militaires de gauche qui ont refusé de prendre les armes en Algérie, et des cas disciplinaires. Enclavé dans un des endroits les plus désertiques de la planète, il était exposé aux pires fluctuations climatiques. «Une telle amplitude thermique et l'isolement total au coeur des sables brûlants garantissent contre toute tentative d'évasion».

Dans une missive adressée à ses proches, Lucien Fontenel, un appelé encarté communiste, rappelle une histoire à faire dormir debout. Un jour, les militaires en charge des lieux invitent des «pensionnaires» à prendre connaissance, lors d'une sortie, du sort cruel promis aux évadés. Une manière de les mettre en garde contre toute tentative similaire. Selon le récit macabre de Lucien Fontenel, ils découvrent les corps de cinq à six camarades «morts de soif et grillés par le soleil» ou encore «déchiquetés par les hyènes et les chacals».

Toute la cruauté de Tinfouchi et sa nature de bagne impitoyable sont dans ce détail du récit de Lucien Fontenel : pendant plusieurs jours, le commandement de la «compagnie disciplinaire d'Afrique du Nord» n'a fait aucune recherche, ni aucune chasse aux fuyards. En bon connaisseur des lieux, il n'avait pas le moindre doute sur l'implacable «verdict du désert».

Preuve du secret qui entoure son existence, Tinfouchi brille par son silence dans la paperasse officielle. «Un seul document administratif y fait référence, précise le professeur Jauffret, son JMO ou Journal des marches et opérations, à présent incommunicable» aux archives militaires. Détail qui ne trompe pas, les éléments d'informations contenues dans le JMO brillent par leur rareté. L'historien a retrouvé la trace d'une lettre datée du 10 novembre 1959 et signée du ministre des Armées, Pierre Guillaumat.

Destiné au général Maurice Challe, commandant en chef des forces armées français en Algérie, le courrier ministériel assigne un rôle à Tinfouchi. «Il vous est loisible de diriger vers la compagnie spéciale d'Afrique du Nord, aussitôt intervenu l'avis du Conseil de discipline, ceux que l'intérêt supérieur de la discipline générale commande d'écarter rapidement de leur corps».

«Dans ce bagne au milieu du néant, rappelle Jean-Charles Jauffret, la Vème République a connu ses lettres de cachet et l'embastillement arbitraire pour cinq politiques français», allusion aux soldats du refus de la guerre d'Algérie. «Saura-t-on un jour ce qu'il est advenu des disciplinaires algériens ? Dans ce Sahara des débuts de la Vème République hors de toute indiscrétion et en toute impunité, à côté des sites consacrés à l'exploitation pétrolière, aux essais nucléaires et aux armes et engins spéciaux garants de la souveraineté nationale, en référence aux sites de Tindouf et de Tinfouchi reliés par piste routière, il est à présent possible d'ajouter un pôle disciplinaire, oublié lors des Accords d'Evian et envoyé aux oubliettes de l'Histoire».

Source :  S. Raouf,  Le Quotidien d'Oran.
par Sofiane publié dans : Histoire
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Vendredi 2 novembre 2007

Nous vivons à l’heure de l’amnésie et du prêt-à-jeter...Compte tenu des moyens mis en oeuvre et du rythme où vont les choses, que restera-t-il demain de notre histoire et de notre patrimoine? Mais encore de la mémoire des hommes pour certains pas si vieux mais pourtant d’un autre âge. Le film-documentaire La résistance au Sud-Ouest algérien, 1855-1935 du réalisateur El Arbi Lekhal a été projeté, lundi soir, à la salle Ibn Zeydoun dans le cadre de la manifestation «Alger, capitale de la culture arabe 2007». D’une durée de 68 minutes, ce film dont le tournage a tourné deux mois s’est déroulé dans plusieurs régions du Sud-Ouest algérien, notamment à Taghit, la Saoura et le Gourara, relate la résistance des populations contre l’occupation française et met en relief les sacrifices consentis par les Algériens contre la présence coloniale. «Ce film traite, sous un angle de fiction, une question qui intéresse tous les Algériens qui n’est autre que l’histoire», a indiqué le réalisateur Lekhal à la presse, lors de la présentation de son produit, soulignant qu’il n’a pas la prétention d’être un historien, mais plutôt pour «souligner que cette région du pays a connu une forte résistance face à la France coloniale». Il a ajouté, dans ce contexte, que le Sud-Ouest algérien «est plus connu, actuellement, par son aspect culturel et artistique à travers les groupes de musique traditionnelle et le folklore, que par sa noble contribution à la lutte pour la cause nationale». «Ces régions restent à découvrir du côté historique, notamment pour les jeunes générations», a indiqué M.Lekhal. Le film est, en effet, une reconstitution de faits qu’ont vécus les populations de cette région d’Algérie depuis 1824, où plusieurs aventuriers, chercheurs et pères blancs, à l’instar de James Ritchard (Angleterre), Gérard Rolf (Allemagne) et Charles de Foucault (France), venaient l’explorer, dans un cadre du renseignement sous couvert de la science et du savoir. Il met également en exergue la bravoure, le courage et l’intégrité des résistants algériens face aux campagnes militaires successives des forces coloniales, en dépit de leur manque de formation et d’expérience en matière d’organisation militaire et de combat. Le bilan de la réhabilitation ne soulève pas de critique systématique; on reconnaît le bien-fondé de certains travaux et les améliorations apportées. Les doutes portent sur la façon de procéder. Pendant presque 10 ans, il a mobilisé bien des compétences pour un résultat qui n’est pas à la mesure de l’enjeu. Mais compte tenu de tout cela, c’est aux historiens d’élaborer et de diffuser une critique historique, permettant d’établir la véracité des faits, et à en proposer les explications les moins subjectives possibles, pour aider les citoyens à mieux comprendre leur passé. Ils ont à aider surtout ceux qu’une telle loi empêche de mémoire et condamne à être privés de repères. Et ils ont, en urgence, à préserver l’indépendance de leur métier, menacée par des politiques et des idéologues qui veulent continuer indéfiniment à...

Source : I. Ammour, l'Expression.
par Sofiane publié dans : Histoire
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Jeudi 1 novembre 2007

Tous les Bécharis connais-sent la rue Saâdeli Belkheir comme étant l’artère principale du quartier populeux de Debdaba, mais rares sont ceux qui savent que ce chahid est le premier à avoir offert sa vie à la révolution dans la petite ville de Kénadsa, fief de la Zaouia de Sidi M’hamed ben Bouziane.
L’association Macheâl El chahid de Béchar, la seule à qui revient le mérite de secouer la mémoire collective locale et qui à chaque occasion ressort de l’oubli une figure ayant honoré la région durant la Révolution de Novembre 54. Cette fois-ci, elle honore la mémoire du premier Chahid mort sous la torture dans la ville de Sidi M’hammed ben Bouziane et ce le 29 octobre courant.

En fait, qui est Saâdéli Belkheir? Saâdéli Belkheir, fils de Mébarek ould Belkheir et de Mama bent Bendichi, est né en 1922 à Kénadsa dans une humble famille de «Abid Zaouia». Il avait cinq sœurs et un frère.
Il fit son apprentissage du Coran dans la Zaouia de Sidi M’hammed ben Bouziane et écrivait et lisait couramment la langue arabe. Il adhéra tôt dans le P.P.A. et en 1955, il rejoignit les rangs de l’A.L.N avec le groupe composé de Kermoud Mohamed, Makhloufi Mohamed dit Ould Ali, Amri Mohamed, Hamou L’factour et Lahrèche Saïd dit Serhane Saïd.

Saâdéli Belkheir avait pour mission de collecter les fonds, de fournir du ravitaillement et des médicaments, des armes et des renseignements sur les déplacements des troupes de l’armée coloniale. Le 18 février 1956, il fut arrêté à 9 heures du matin en son lieu de travail, dans la société des mines de charbon de Kénadsa. Il était accusé d’avoir confectionné le double de la clé donnant accès au dépôt d’armes et d’en avoir subtilisé un grand nombre d’armes qui se trouvaient à la caserne Belhadi de la cavalerie française sise à Kénadsa en compagnie de Lahrèche Saïd dit Serhane Saïd, Abderrahmene Léglaoui, Kerroumi Mohamed et Chikhaoui Belkheir.
Le 20 novembre 1956, il succomba sous la torture de la gendarmerie française sans qu’il ait failli au serment de ne pas dénoncer ses compagnons d’armes. Il fut inhumé en grandes pompes au cimetière de Lala Aïcha de Kénadsa. Fait curieux, personne jusqu’à ce jour n’a pensé à transférer ses restes au carré des martyrs.

Source : M. Ahmed, La voix de l'Oranie.

par Sofiane publié dans : Histoire
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Samedi 13 octobre 2007
Sidi Abderrahmane Ben  Bouziane père de Sidi Mhammed fondateur de la Ziania s'était fixé a Taghit pour y gérer des biens lui  appartenant .C'est la que naquit Sidi Mhammed a L'époque de la vie où on est susceptible de commettre des péchés. Des qu'il eut grandi, poussé par un appel mystérieux, et encouragé par l'amis de son père Cheikh  Sidi Abdelmalek Boungab Cheikh de la Zaouia Fouqania  qui s'occupa de l'instruire lui même il quitta son pays, Taghit Beni goumi, pour aller apprendre le Coran et. S'adonner a l'étude. Son origine, et sa haute naissance car il était charif, descendant du Prophète par Idris le fondateur de Fez, fut probablement la cause de ce penchant. 11 était, en effet, fils d'Abderrahman ,fils d'Abi Ziane fils d''Abderrahmane , fils d'Ahmed, fils  d'othman , fils de Messaoud , fils d'Abdallah el Ghezouani, fils de Said, fils de Moussa,fils de d'Abdallah,fils d'Abderrahmane fils d'Ahmed,fils d'Abdesselam fils de  machich, fils d'Aboubekr,fils de Horrma, fils d'Aissa, fils ,de Salam, fils de Mazouar, fils d'Ali Haydara fils de Mohammed, fils d'Idris 11, fils d'ldris I, fils d'Abdellah, fils d'Hassan fils de Hassan fils d'Ali et de Fatima Zohra.

Le jeune Mhammed partie de Taghit presque sans provision de voyage. Un de ses oncles paternels lui avait donnée quarante  mouzouna, petite monnaie du pays. II les échangea contre l'argent rachidien, monnaie de Tafilalet, avec laquelle il put accomplir son voyage et se diriger sur Sidjilinfisa. Arrivé dans cette localité, il se retira auprès du cheikh Sidi Mebarek Abdelaziz, chez qui il étudia le Coran.
Notre personnage ne tarda pas à devenir un vrai savant dans l'éxégèse coranique. Bientôt il obtint l'illumination divine, en même temps qu'il acquérait de solides connaissances dans les sciences religieuses ou mystiques. Il s'établit au  Ksar des Oulad Berdala, ou il vécut. Sa manière de vivre, sa dévotion, son ascétisme ne tardèrent pas à en faire de lui le disciple favori de Sidi Mebarek. Celui-ci recommandé même a sa propre famille et a ses autres disciples de  confier le soin de l'ensevelir à Sidi Mharnmed. On comprit que ce dernier devait être l'héritier spirituel et posséderait le sirr (secret mystique) de son maître. Plus tard, Sidi Mebarek se sentant rappelé vers Dieu fit la même recommandation à notre personnage.

Sidi Mebarek appartenait à la tarîqa  (confrérie) des Châdiliya, comme l'indique la chaîne mystique qui montre la transmission du sirr (secret) de cheikh en cheikh depuis l'ange Gabriel
 L'Ange Gabriel  - Le Prophète  - Ali ben AbouTaleb - El Hasan el Basri- Habib el Adjami - Daoud et-Tai - Maarouf el Karkhi – Sanisaqti - Djoueid - Djariri - Abou Taleb el Mekki- El Djouini –Ghazali -Abou l3ekr ben el Arabi -A bou Ya'aza -Ali ben Harehem -Abou Medien -Abou Ahmed-Abderrahman el Madani -Abdessalm Ben Machich -Abou hassan Châdili -Abou Abbés El Morsi -Ibn Ata Allah -Daoud el Bakhli-Ouafa -Ali ben Ouafa -Yahia el Kadiri-Ahmed ben Okba -Ahmed Zerrouk -Ahmed ben Youcef -Ali ben Abdellah -El Ghazi -Ahmed Ben Ali -Mohammed Ben Brahim-Abdellah ben Houcein -Mhammed ben Nacer -Mebarek ben Azzi -Mhammed ben Bouziane
       
Sidi Mebarek ben Azzi étant. Mort, Sidi Mhammed s'acquitta de sa mission funèbre il lava le corps de son maître et l'ensevelit 1ui même dans le linceul. Cela fait, pour imprégner sa propre chair des vertus (baraka)  de la chair du défunt, comme du sirr  de celui—ci il avait imprégné son âme, il but une partie de l'eau qui avait servi a laver le corps du mort. Les résultats de cette action ne se firent pas attendre : ils se montrèrent éclatants en vertus multiples, en prodiges remarquables 
        
Sidi Mhammed, suivant les recommandations de son cheikh, partit alors pour Fez, afin de parfaire ses études coraniques et religieuses. Il resta huit ans dans cette ville, suivant les cours de la Medersa de Sidi Misbâh. Dieu illumina de plus en plus son âme et lui accorda la plénitude des sciences concrètes et abstraites. Les gens affluèrent auprès de lui pour jouir des bienfaits de ses entretiens spirituels.
        
Dans cette Medersa notre personnage suivit les cours de Sidi Mohammed ben Abde1kâder el Fasi, de Sidi Abdesselam Gjâsous, de Sidi Ahmed ben El Hadj. 11 aimait, honorait, vantait les gens de science. Ceux-ci, a leur tour, l'avaient en grande estime, et l'on cite, parmi ceux qui entretenaient une correspondance avec lui, des savants tels que Sidi Mohammed Masnaoui , Sidi l'Hassan ben Rahal, Sidi Mohammed ben Zekri , Sidi Mohammed Meiyâra , Sidi Ahmed ben  Mebarek es-Sidjilmâsi , les fils de Sidi   Abdelkader  Fâsi, etc.
      
A Fez, Sidi Mhammed cherchait surtout la fréquentation des gens pieux. Parmi ceux qu'il fréquentait régulièrement chaque jour était Sidi Abmed el Habib  et Lemti, son frère en Dieu, et Mohammed el Ayachi, mort plus tard au Caire. Ils lisaient le Coran et récitaient le Dikr  ensemble. Mais notre saint aimait trop l'humilité obscure pour rester plus longtemps à Fez. Il quitta cette dernière ville et se dirigea vers le pays de ses ancêtres, Kenadsa. II y séjourna d'abord quelque temps, puis s'y établit définitivement. Ce  fut en a ce moment que Dieu lui permit d'atteindre l‘état suprême des Soufis. De nouveau, de toutes parts, de l'Orient et de l'Occident, les gens arrivèrent en foule solliciter les bienfaits de sa bénédiction. Dans ces circonstances il eut l'occasion d'accomplir de nombreux prodiges et ne tarda pas à être considéré comme un des personnages les plus considérables de son époque. Sa réputation de pole des Soufis été bien établie chez ses contemporains ; la cécité qui l'atteignit sept ans avant sa mort les confirma encore dans cette opinion. Sidi Abderrahmane  Kerzazi  lui-même engageait les gens à faire des Ziara à Sidi Mhammed, preuve qu'il reconnaissait la supériorité de ce dernier. Cette supériorité se manifestait dans toutes les particularités de la vie du Cheikh. II se retirait, pour prier, sur la crête des montagnes ou au fond des vallées, dans les endroits déserts ou il n'avait d'autre fréquentation que celle de Dieu. De nombreuses localités dans lesquelles il a prié, aux environs de Kenadsa, ont conserve son nom, notamment Hadjerat Sidi Mhammed, l'ermitage de Ras A in Sidi Mhammed, I'ermitage de Oumm Sebaa (lion). Notre saint avait le pouvoir de se rendre invisible pendant huit jours, d'un vendredi à l'autre ; puis on le voyait tout a coup revenir de quelque part avec un fagot de bois sur les épaules.
                  
Sidi Mhammed ne vivait que d'herbages et de feuilles d'arbres; son légume préféré était  l'irmas. A Fez il se nourrissait avec les débris de légumes laissés a terre sur le remplacement des marches. Il ne mangeait que juste ce qu'il fallait pour vivre.
                 
Il ne s'habillait que de laine grossière, ne mettait jamais de vêtements en coton ou en toile. Sur sa tête il portait une kerzia de laine (sorte de turban au tour de la tête). Aux temps froids il mettait une chechia de laine sous cette kerzia. Son corps était protégé par une kechaba  de grosse laine, par-dessus laquelle il mettait un burnous noir du Sous appelé akhnif. Ce costume a été de tout temps, d'ailleurs, le costume des prophètes et des soufis.
                 
Pour lit, Sidi Mhammed n'avait qu'une natte, qui lui servait aussi de tapis de prière. Ce tapis ne le quittait pas, il le faisait suivre partout avec lui. Par sa manière de faire les ablutions, la prière, d'assister aux funérailles, de payer l'impôt zekat, de jeûner, de faire le pèlerinage, de pratiquer la guerre sainte, Sidi Mhammed était un exemple vivant pour tous les Musulmans.
En voyage il montait un âne ; s'il marchait, il allait pieds nus où ne portaient que de simples sandales. Dormait-il ? C'était sur sa natte ou sur le sol. Il ne changeait pas d'effets; il les lavait lui-même lorsqu'ils étaient sales.
                
11 ne quittait jamais son chapelet ; ne cessait de réciter, soit seul, soit avec des frères, le divin Coran, ou de se livrer a l'étude. 11 répétait souvent la sentence suivante, qui était sa devise favorite:
<<Es-Sabha ou el-louh — ila kheroudj er-rouh >>, c'est à ­dire: (il faut dire) le chapelet et (travailler avec) la planchette sur laquelle on écrit le Coran) — jusqu'à l'extinction du souffle de l'âme. Il ajoutait: ~< Ceux qui savent le Coran par coeur et le récitent constamment sont comme s'ils conver­saient  avec Dieu pendant les heures du jour et de la nuit. ~>
               
Lorsque Sidi Mhammed ben Bouziane se fut fixé définitivement a Kenadsa, il trouva le pays manquant d'eau et fort pauvre. Ni fortifications, ni lieu protégé ne défendaient les gens contre les incursions des Arabes nomades et sauvages.
                    
II décida d'y construire une zaouïa. Il la bâtit en pierres et briques jointes au mortier d'argile. Sidi Mhammed recherchait en effet les matériaux qui préservent successivement de la chaleur et du froid. Alors que les khouans (frère de la confrérie) et les visiteurs devenaient de plus en plus nombreux et nécessitaient l‘agrandissement des constructions, il ne se servit jamais de chaux, de carreaux de faïence, de marbre. . Même le minbar de sa mosquée fut fait en maçonnerie ; on y accédait. Par trois marches en briques. Plus tard il en fit, faire un en bois par des ouvriers de Fez.
Sidi Mhammed aimait toutes les œuvres de bien. Il creusa des puits à l'usage des Musulmans dans la zaouïa même, aménagea les sources de Tikoun rabi et de ‘Ain el Baraka. Avant la création de la Zaouia, les gens de Kenadsa étaient presque dénués de ressources. L'établissement de notre saint personnage dans cette localité rendit ces mêmes gens riches et les biens affluèrent vers eux de tous côtés. Les Pillards se trouvèrent impuissants contre la zaouïa et ses protégés, ils furent même obliges de servir Sidi M hammed de gré ou de force. La Horma de ce dernier devint célèbre on s'y rendait de toutes parts et beaucoup de gent s'y établirent a demeure. Le saint traitait, les affaires des visiteurs qui venaient demander ses conseils et ses bénédictions. 11 disait volontiers sous forme de sentence :

                   Quiconque est venu a nous n'a pas été déçu dans ses espérances,
                      Qui est sorti de chez nous a toujours réussi.

Les pieux visiteurs apportaient en retour a La zaouïa les produits que le Sahara ou les environs de la zaouïa ne pouvaient fournir: le blé, l'orge, la graisse de mouton, le mil, etc. L'influence de Sidi Mhammed était aussi grande que son humilité était profonde les zouar (visiteurs) qui venaient le trouver étaient surtout des gents de Beni Snassen (tribut du nord d'Oujda) des Beni Bou Zeggou (tribut a l'ouest d'Oujda)de l'Oued Za (environ de Ain béni Mathar des Oulad Amor (environ de Debdou), des Beni Fachât(tribu entre ouled Amor et Debdou), des Beni Oudjqa!(tribut des plaine de Melouya)), des gents de la région de Debdou et de celle de Tlemcen,Nadroma, Ils arrivaient quelquefois à la zaouïa au nombre de quatre cents hommes. Leur point de concentration pour ce pèlerinage était au sud de Debdou ; la première étape était à El Khourat ; la deuxièrne  a  Aioun el ksar ; La troisième a Oulad Harnou Arzaq ; la quatrième el Hacian (les deux puits) ; la cinquième  a Ain Chair. Là  les zouar déposaient les provisions nécessaires pour le retour. La sixième étape était à Boukais. Le septième jour on campait prés de la colline d'Oumm Sebaa ; la nuit de ce jour on envoyait un exprès au Cheikh pour le prévenir de l'arrivée de la caravane. Telle était la coutume. Le huitième jour les zouars arrivaient à la Zaouïa de Kenadsa.

Grâce à la renommée du Cheikh, le Ksar était devenu un véritable entrepôt. Avant l'installation de Sidi Mhammed, ses contribues se contentaient de faire le commerce du sel, de le porter de pays en pays et de le vendre au détail. Depuis cette installation, et grâce à la baraka du saint, ils ont fait tous les genres de commerce. Le saint était, en effet, un véritable palladium d'origine divine pour ceux qui vivaient autour de lui. Ses frères et ses khouans étaient, par lui, en sûreté partout ou ils allaient. Ils n'ont jamais cessé  jusqu'a nos jours, d'aller et venir a travers le pays, de commercer, de gagner de l'argent, de posséder des biens dans diverses régions, depuis le Sous au Maroc jusqu'au Sahara de l'Est, du Cherg au Maghreb.
        
Mouley lsmail avait envoyé son fils Mouley Ali dans les régions du Guir et de Figuig pour traquer les marabouts faisant du prosélytisme. Lorsque Mouley Ali en prenait un, il le tuait, dépouillait ses héritiers, et s'emparait de leurs propres biens s'ils réclamaient. Le fils du Sultan, étant arrivé a Figuig, envoya dire a Sidi Mhammed de venir se présenter a lui. Sidi Mhammed partit, au grand étonnement du public, malgré les avis contraires de son entourage qui craignait pour sa vie. On laissait  ressortir que, dans tous les territoires traverses par Mouley Ali, celui-ci n'avait pas laissé échapper un seul marabout, et tout le monde craignait pour la vie du Cheikh. Mais il se présenta devant le jeune potentat, lui rendant les devoirs que Dieu lui-même veut qu'on rende l'Emir des Croyants. Après cette rencontre, le fis de l'émir, Mouley Ismail le traita avec bienveillance, lui parla avec des paroles pleines de douceur.Dé lors tous les vizirs et tout l'entourage du prince traitèrent a qui mieux le Cheikh.
        
Lors du départ de ce dernier pour sa zaouïa, des courtisans s'étonnèrent auprès de Mouley Ali d'une telle réception : < Parmi tous ceux qui sont venus me trouver, leur' dit-il, je n'ai point vu d'homme aussi pieux. Il m'a paru comme un lion rugissant a  mes oreilles, j'ai compris que c'était le lion des saints et je l'ai traité de mon mieux .Quant au Cheikh, il avait fait des voeux pour le prince et l'avait mis en garde contre les fautes graves.
        
Tous les compagnons de Sidi Mhammed se réjouirent de son retour auprès d'eux, sain et sauf. C'était le soir en revenant vers Kenadsa, ils passèrent près d'un oued  et campèrent sur la berge. Le Cheikh leur dit : ~< cet oued va grossir et tout inonder. Quelqu'un lui dit : il peut grossir, mais il ne viendra pas jusqu'a nous, il viendra, dit le Cheikh. Une heure ne s'était pas encore écoulée que l'inondation avait lieu et obligeait les gens à lever le campement au plus tôt. Une partie des bagages fut emportée par le courant et il fallut les repêcher. Le Cheikh avait montré par cette prédiction combien Dieux le favorisait.
                                 
La vie pieuse de Sidi Mhammed :
sa conduite privée, sa conduire avec les aspirants-profès, ses épouses, sa mort. Visions de ses disciples.
        
Toute la conduite privée de Sidi Mhammed présentait l'image de l'humilité et de la vertu. Nous avons déjà dit comment il aidait ses gens dans les travaux de la maison, surtout quand il fallait servir les .zouars (khouan en visite de ziara). C'était aussi un homme de beaucoup d'ordre quand il trouvait un ustensile abandonné quelque part, il le rapportait dans la maison d'habitation de la zaouia . Ses qualités morales, ses vertus mystiques reproduisaient les qualités et les vertus du Prophète et des grands soufis, tels que Djoneid, Chadheli, etc., venus après Mohammed.
       
Nous avons déjà mentionné que Sidi Mhammed s'appliquait a servir d'exemple vivant pour les autres Musulmans dans la pratique de la loi islamique de même faisait-il dans sa conduite mystique. Les livres dont il suivait les préceptes étaient ceux d'Ibn ‘Ata Allah, de Chadheli, d'El Marsi, d'Ibn Abbas, de Mohammed ben es—Samak et de leurs imitateurs. C'étaient leurs exemples et les qualités vantées dans leurs ouvrages qu'i s'appliquait à faire suivre par ses disciples.
        
Il n'avait pas de pratique spéciale a sa confrérie en dehors de celles recommandables par les docteurs du Soufisme.sa manière d'endoctriner les aspirants-profès (mourid) consistait a leur faire répéter un nombre considérable de lois la formule ~< La ilaha illa Allah! > ~< Il n'y a d'autre dieu que Dieu! >~ — ou bien encore la prière dite Istigh far ou la prière sur le Prophète. A celui qui lui demandait l'affiliation a la confrérie ziania, il disait : ~< Que Dieu purifie nos coeurs ! Lis-tu le Coran ? Le sais-tu par Coeur? >> Dans l'affirmative, le postulant était affilié comme Sidi M hammed avait coutume de le faire avec les gens du Coran. Le Cheikh invoquait Dieu sur le postulant, lui faisait ses recommandations, sur­tout sur le qiam el liyl ou action de passer une partie de la nuit en prière. Si le postulant ne savait pas le Coran, le Cheikh se bornait. A lui transmettre l'ouird des Soufis de sa chaîne mystique, ou selsela. 
         
D'après l'ouvrage intitulé: (Adjouibat Naciria), des tolba de Tlemcen écrivirent. Un jour a Sidi Mhammed pour entrer dans sa confrérie. Ils lui demandèrent quel genre de chapelet, de vêtement (des soufis)   ils devaient adopter. Le Cheikh leur répondit : ~< Nous n'avons pas de tradition spéciale sur le chapelet. la kherqa, etc... Notre confrérie (notre tariqa, c'est EDIKR tel que l'a indiqué le Cheikh Senoussi a la fin du commentaire de son ~Aqidat es­Soghra   Si vous désirez entrer dans notre selsela (chalne mystique), assurez d'abord votre retour a la voie de Dieu avec ses conditions essentielles; ayez soin de vous livrer a Lui, de le craindre dans tous les actes de votre vie. Préparez-vous ainsi pour le jour de la descente au tombeau. >~ Sidi Mhammed ajoutait. Sa lettre l'indication du dikr et de la selsela  d'aprés les Soufis antérieurs.
        
C'était donc la pratique du Soufisme usuel, la multiplication des prières, l'observation des rites de l'Islam, surtout pour les funérailles, qui formait le fond de la doctrine du Cheikh. Il recommandait à tous ses frères en Dieu la con— naissance des sciences religieuses. ~< Soyez, leur disait-il, du groupe des savants ou du groupe de ceux qui instruisent ne soyer point. Du troisième groupe. ~ Ce dernier groupe, dans son esprit, était celui des ignorants. ~< Fréquentez, disait-il encore, fréquentez les savants. Ils font fructifier les âmes comme la pluie du ciel fait fructifier les plantes.
        
L'intérieur familial de Sidi Mhammed correspondait à ses hautes vertus. Sa première femme, la dame Oum Kolthoum, celle qui fut La mère de ses fis, sidi Mohammed Laredj, sidi Abdelouahab, sidi Ahmed était pieuse, douce de caractère, droite dans sa conduite. Elle observait avec soin la souna. Elle était obéissante à son mari, vigilante à faire exécuter les ordres de celui-ci. Elle était pleine de charité pour les veuves et pour les orphelins, donnait généreusement aux religieux et aux pauvres une partie des biens dont Dieu l'avait gratifiée. Lorsque le Cheikh est partit en pèlerinage, elle le remplaça auprès des frères et des autres personnes, multipliant, pour tous, ses bienfaits. On ne s'aperçut pas du départ du fondateur de la zaouia. 
       
Elle avait une coutume spéciale: toutes les fois que le Cheikh avait terminé la prière du vendredi, elle secouait la poussière des livres de la zaouia, les parfumait d'encens, les replaçait et mettait sur leur reliure un peu de poussière de chaux.
      
Lorsque cette sainte femme fut morte, un des frères, qui ignorait sa maladie la vit en songe monter au ciel. Elle y fut reçue par Abou Bekr et les femmes du Prophète.Le Cheikh Sidi Mhammed Vécut. De nombreuses années après elle. On lui conseilla souvent de se remarier; chaque fois il refusait d'écouter de pareils avis. Cependant une maladie nécessitant des soins intimes l'ob1igea a cherché une épouse. II songea d'abord, dans ce but, à se procurer une esclave noire a Sidjilmasa. Mais son ami, le saint Sidi Ahmed ci Habib, lui écrivit pour lui démontrer que se contenter d'une affranchie était au-dessous de la condition de Sidi Mhammed; il l'engagea a prendre, malgré la répugnance éprouvée, une femme libre et d'une certaine origine. Le Cheikh se laissa convaincre. Peu de temps après, un fils de Sidi Abd-el-Djebbar de Figuig proposa au Cheikh .sa soeur en mariage. Sidi Mhammed chargea alors son propre fils Hadj Mohammed Laredj d'aller a Figuig conclure l'affaire.  Et lui recommanda de bien se renseigner sur la femme et de voir si elle lui convenait réellement. Sidi Mohammed Laredj. Fut bien reçu par le faquir fils d'Abd-e1-Djebbar, mais il apprit que la femme en question était une divorcée qui avait déjà abandonné trois époux successifs ; il n'en voulut pas et amena a son père une autre .femme de La même famille  il eut avec elle son fils Sid Houcein.
        
Sidi Mhammed ben BouZiane finit par arriver au terme de sa vie exemplaire. Proche de ses derniers instants, il demanda a ceux qu'il l'entouraient de vouloir bien partir, de le laisser seul en La présence de son Divin Maître avec lequel il avait des conversations confidentielles. Les gens de son entourage lui demandèrent si Fun des frères (khouan) pourrait entrer et venir vers lui. II leur répondit ~<Je n'ai plus rien de commun avec le monde. Obéissez à mon fils Mohammed LAREDJ, mon vicaire et l'héritier du sirr après moi. Les saints personnages sont tous d'avis qu'il doit me succéder dans La direction de la zaouïa. II vous fera bénéficier, — et vous verrez combien ! — des grâces divines par son intermédiaire. >~ Pendant son agonies lorsqu'il faisait .appeler un frère (khouan) auprès de lui, il lui disait : < Je vous ai (tous) recommandés a Dieu; notre amitié se continuera dans le ciel ou nous nous retrouverons un jour >


A. Cour
Professeur a La Medersa De Tlemcen.
Revue du Monde Musulman N°11 Novembre 1910
Extrait de Laredj moulay Abdellah  Zaouia de Kenadsa

 

par Sofiane publié dans : Histoire
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Vendredi 12 octobre 2007
Sidi Mhammed mourut le jeudi  10 Ramdan, au moment de l'acer. II fut enseveli après la prière du Maghreb La nuit du lendemain vendredi. C'était en l'an I145. (Mars 1733.).
        
Le haut degré de sainteté du Cheikh a été certifié par la vision qu'a eues un certain nombre de saints personnages. Un jour, le frère en Dieu (khouan) Sidi Ali ben Aderrahman Bou Asami vit un grand groupe de saints portant chacun un écriteau sur lequel se trouvait un passage du Coran. Mais il ne put en lire que deux: celui de Sidi Ahmed ben Nacer et celui de Sidi Mhammed. Sur le premier il y avait Nous lui  avons donné le pouvoir et la science, et sur le second : Nous l'avons place dans l'intérieur de notre miséricorde, car il est un saint.
       
Sidi Mharnmed ben Mohammed ech-Chara y Tlemçani, dans la nuit d'Achoura, vit en songe le Prophète. Il eut d'abord l'idée de lui demander quelque bien terrestre, car il était pauvre. Mais il n'osa point et se contenta de l'interroger pour savoir quel était le plus grand saint de l'époque. Il i'interrogea d'abord sur Sidi Mohammed el Ayache. Le Prophète répondit : ~< II est (puissant) comme un sultan en ce monde et dans l'autre; il est comme l'arche de Noé, quiconque y entre est sauvé. >~ Questionné sur Sidi Mhammed ben BouZiane, l'Envoyé de Dieu répondit : ~< II est le maître de l'époque et l'un des sept pôles. Par son intercession Dieu a préservé du feu de l'enfer une foule de gens. > A propos de Sidi Ahmed el Habib, il ajouta : << El Habib est notre Habib (ami intime) dans ce monde et dans l'autre. ~ Or ces trois saints, Mohammed el Aya chi, Sidi Mhammed ben BouZiane et Ahmed el Habib étaient, de leur vivant, en relations amicales continuelies .
    Un autre personnage fort pieux, le faquir (religieux), le frère en Dieu des gens de la zaouïa (khouan), vit de nombreuses fois le Prophète en songe. Toujours Sidi Mharnmed se tenait auprès du Prophète ou devant lui comme son serviteur.
        
Les historiens musulmans racontent que la Zaouia de Kenadsa exerce une hospitalité réputée de même d'ailleurs que toutes les autre Zaouia des Ziania. Riches et pauvres y trouvent la maison hospitalière ainsi qu'aide et protect
                        
                  
Sidi Mhammed était souverainement puissant contre les pillards. Un groupe d'Oulad Delim (tribu du sahel de Mauritanie) vint un jour pour piller la zaouïa. Ils étaient nombreux et montés sur des mehara; ils avançaient avec circonspection pour ne pas être reconnus. Mais une personne du pays donna l'alarme à la zaouïa. Le fils du Cheikh, Mohammed Laredj, alla à leur rencontre, essaya de les détourner de leur projet. Mais il fut chassé, tomba de cheval, et se fit aux pieds une blessure d'ou le sang coulait abondamment. 1l revint vers le Cheikh, qui se mit en prière. La prière n'était pas finie qu'un ruisseau débordant envahit le ravin dans lequel les pillards s'étaient mis en embuscade, et les immobilisa. Pendant ce temps un groupe de nomades Ghenanema  les atteignit, les battit, enleva leurs montures. Les Oulad Delim furent tués jusqu'au dernie Une autre fois, un homme conduisait un troupeau pendant la nuit. Des brigands vinrent pour le voler. En chas­sant les brigands, un des esclaves de la zaouïa fut atteint d'un coup de feu a l'œil i1 la perdait ; le sang coulait en abondance. 11 alla trouver le Cheikh, qui le guérit aussitôt avec l'eau de Zamzam.
Des gens venus en ziara auprès du Cheikh furent, en route, menaces d'être voles. Le saint, se changea en lion, les protégea. 11 se fit connaitre des voleurs, qui se convertirent et allèrent à leur tour en ziara auprès de lui.
        
Les Oulad Bâligh (tribu de la Mauritanie) avaient enlevé une caravane à la zaouÏa. Les gardiens se mirent à invoquer le Cheikh. Un des brigands contrefit alors ceux qui invoquaient le Cheikh et tourna le saint en ridicule il tomba foudroyé. Les autres brigands effrayés s'enfuirent, et la caravane put revenir a la zaouïa .L'intervention de Sidi Mhammed pour retrouver le bétail égaré ou perdu n'était pas moins puissante : une simple in­vocation a ce saint suffisait. Un jour une chamelle prit Ie mors aux dents et se sauva. Son propriétaire invoqua le saint ; die se trouva subitement en travée et on nuit ainsi la reprendre.
        
Sidi Mhamrned protégeait tous ceux qui se rendaient en ziara au tombeau des saints où a sa zaouïa. Un jour, il allait. En ziara au tombeau de Son maître Sidi Mbarek avec un groupe de Zouar. Arrivé prés de l'oued Guir, nos gens trouvèrent La rivière gonflée. Ils n'avaient ni vivres ni provisions suffisantes pour attendre La décrue. Ils s'interrogeaient déjà avec anxiété, puisque le Cheikh leur dit<< Mangez ce que vous avez. >~ Puis il se lava les mains dans I'Oued ; les eaux se séparèrent aussitôt et laissèrent passer les pèlerins a pied sec.
Un habitant des environ de Tlemcen venait. Au ziara chez Sidi Mhammed  Est garé en route, mourant t de soif, il invoqua le Cheikh, qu i1 lui apparut Sous sa forme humaine et lui donna une outre d'eau. La même aventure arriva à un voyageur avec deux enfants dans l'oued Talazaza (oued près de Ain Cheir) Ils mouraient de faim et de soif  puisque le saint, invoqué, leur apparut et leur donna une outre d'eau et des dattes.
Au temps du Roi Mouley Small, le pacha Othman, gouverneur de Taza, était méchant. Sans pitié pour le peuple. Il fit arrêter, un jour, un disciple du Cheikh, jeune homme qui avait commis une légère faute. Ce pacha faisait précipiter les gens du haut de l‘escarpement d'un profond préci­pice et personne n'en échappait vivant. Le disciple de Sidi Mhammed invoqua Dieu le Prophète et le Cheikh. On le précipita ; il tomba sur ses deux pieds, louant Dieu et le Cheikh a haute voix. Le pacha le fit relâcher.
Un faquir d'Almis (prés de Malouya), qui était allé commercer au Soudan, fut jeté en prison chez les nègres. Un jour il s'endormit en invoquant le Cheikh. Pendant son sommeil les chaînes tombèrent et il fut délivré.
Le Cheikh délivrait les Musulmans pris pendant la guerre sainte, faits prisonniers par les chrétiens et favori­sait leur évasion. D'autrefois il apparaissait aux maîtres des prisonniers et imposait leur délivrance. Des gens de Figuig, dont le kadi Mohammed Bou Anane, le faquir Mohammed ben Abou Beki, des gens d'EI-Maiz et de Zénaga a un jour raconté qu'un homme était captif chez les chrétiens. II pensa tout à coup à Sidi Mhammed, l'invoqua à très haute voix et souvent. Ce captif ce trouvait chez le chef des chré­tiens. Celui—ci avait une fille, qu'i1 chérissait beaucoup. Le Cheikh apparut en songe a cette fille, la tourmenta et lui dit : ~< Je ne te laisserai point tant que tu n'auras pas fait relâcher le captif par ton père. Sache que je suis Mhammed ben Bou ziane. >~ Cela se renouvela pendant plusieurs nuits, et elle finit par raconter a son Père ce qui lui arrivait. Le père, la voyant dépérir, eut des craintes pour la santé de sa fille et délivra le captif. La fille apprit de celui-ci le pou­voir du saint ; fort émerveillée, elle se convertit à l'Islam.
Un pauvre faquir de Kenadsa demande un jour au cheikh de lui faire le pèlerinage le cheikh promit le fakir partit arriva a Tripoli s'embarqua pour l'Égypte et de la essaya de gagner le Hidjaz a pied en se confiant a Dieu mais ses provisions de route furent vite épuisées notre pèlerin, arrivé a Dar el Hamra, fut tourmente par la soif et faillit mourir. 11 n'avait, pour tout bien, qu'un exemplaire des Dalil el Khairat; il l'offrit à un Turc en échange de quelques gouttes d'eau, mais le Turc ne daigna pas répondre. Alors Sidi Mhammed, portant une outre d'eau fraîche a la main, apparut au pauvre faquir, qui ne le reconnut point. Il donna l'eau à ce dernier, qui se désaltéra et offrit en paiement son livre. Le saint le lui rendit et fut alors reconnu. Le faquir se mit à pleurer de joie et tomba a demi évanoui. Lorsqu'il Revint a lui, il se trouvait a la Mecque, 11 chercha le saint autour de lui, ne le revit plus, tendis que beaucoup de gens l'entouraient. Ceux-ci interrogèrent ; il leur raconta son histoire, alors on lui donna de la nourriture et quelques vêtements dont il avait besoin. Lorsque la caravane du Maghreb arriva a la Mecque, elle trouva le faquir sain et sauf. Le récit merveilleux de ce dernier augmenta l'étonnement général. II accomplit ensuite les formalités du pèlerinage avec les gens de la caravane.

 

Isabelle Eberhardt : Quelques extraits de son oeuvre

La morne indifférence qui s'empare de moi, aux heures de malaise dans la journée, se dissipe; et c'est de nouveau d'un oeil avide et charmé que je regarde la quotidienne splendeur de ce décor déjà familier de Kenadsa, qui est d'une beauté simple avec ses lignes sobres et ses couleurs à la fois chaudes et transparentes qui relèvent brusquement la monotonie des premiers plans, tandis que des vapeurs diaphanes noient les lontains.
C'est très doux et très consolant cette renaissance de l'âme tous les soirs.
Dans les jardins, la dernière heure chaude du jour s'écoule pour moi doucement, en de tranquilles contemplations, en des entretiens paresseux coupés de longs silences (...)
Etre sain de corps, pur de toute souillure, après de grands bains d'eau fraîche, être simple et croire, n'avoir jamais douté, n'avoir jamais lutter contre soi-même, attendre sans crainte et sans impatience l'heure inévitable de l'éternité.- C'est bien la paix, le bonheur musulman, - et qui sait ? peut-être bien la sagesse...
Certes ici, les heures monotones s'écoulent avec la douceur et la tranquillité d'une rivière en plaine, où rien ne se reflète, sinon des nuées très vaporeuses qui passent et ne reviennent pas.
Peu à peu je sens les regrets et les désirs s'évanouir en moi. Je laisse mon esprit flotter dans le vague et ma volonté s'assoupir.
Dangereux et délicieux engourdissement, conduisant insensiblement, mais sûrement, au seuil du néant.
Ces jours, ces semaines, où il ne s'est rien passé, où on n'a rien fait, où on n'a même tenté aucun effort, où on n'a pas souffert, à peine pensé, faut-il les rayer de l'existence et en déplorer le vide ? Après l'inévitable réveil, faut-il, au contraire, les regretter, comme les meilleures peut-être de toute la vie ?
Je ne sais plus.

A mesure seulement que passe dans mon sang la sensation de vieil Islam immobile, qui semble être ici la respiration même de la terre, à mesure que s'en vont mes jours calmés, la nécessité du travail et de la lutte m'apparaît de moins en moins. Moi qui, naguère encore, rêvais de voyages toujours plus lointains, qui souhaitais d'agir, j'en arrive à désirer, sans oser encore me l'avouer bien franchement, que la griserie de l'heure et la somnolence présentes puissent durer, sinon toujours, au moins longtemps enore.
Pourtant, je sais bien que la fièvre d'errer me reprendra, que je m'en irai; oui, je sais que je suis encore bien loin de la sagesse des fakirs et des anachorètes musulmans.
Mais ce qui parle en moi, ce qui m'inquiète et qui demain me poussera encore sur les routes de la vie, ce n'est pas la voix la plus sage de mon âme, c'est cet esprit d'agitation pour qui la terre est trop étroite et qui n'a pas su trouver en lui-même son univers.
Finir dans la paix et le silence de quelque zaouïa du Sud, finir en récitant des oraisons extatiques, sans désirs ni regrets, en face des horizons splendides.
Au fond, cela serait la fin souhaitable quand la lassitude et le désenchantement viendront après des années.
A Kenadsa où Isabelle Eberhardt s'installe, on sent qu'elle perd peu à peu la notion de l'extérieur, de l'agitation des passions, pour se laisser aller à l'immobilité ambiante: immobilité des choses dans le désert où "tout est blanc et apaisé", mais aussi celle des gens aux gestes lents, graves et silencieux: : "Il en est ainsi sur les routes désertes du Sud, de longues heures sans tristesse, sans ennui, vagues et reposantes, où l'on peut vivre de silence"

Et sa quête d'elle-même va s'intensifier dans la chaleur du Sud saharien. Elle va recevoir la révélation de l'islam comme une explosion en elle : "Je sentis une exaltation sans nom emporter mon âme vers les régions ignorées de l'extase". Elle est fascinée par l'islam et n'a de cesse d'approfondir cette révélation jusqu'à s'engager dans un profond mysticisme. Isabelle Eberhardt va faire une expérience intérieure dans la "zaouïa" de Kenadsa, confrérie où elle est reçue en tant que "taleb", c'est-à-dire étudiant, plus précisément "demandeur de savoir " ou "voyageur en quête de sens". Elle va y trouver ce vieil islam qui la fascine et qui va la conduire vers une forme de dépouillement et de contemplation et même d'anéantissement qu'elle recherche. Jean-René Huleu nous explique :"L'apaisement des désirs, la vie humble, le pèlerinage dans les profondeurs de l'être, la rapprochent de ce rêve d'islam pur, de vieil islam qu'elle chérit depuis si longtemps". Isabelle Eberhardt elle-même a écrit : "Je goûtais dans l'âpreté splendide du décor, la résignation, le rêve très vague, l'insouciance profonde des choses de la vie et de la mort".
Elle est certainement initiée par les plus inspirés des musulmans, les mystiques soufis qui ont dû lui montrer la voie d'initiation à une mystique métaphysique et une méthode de réalisation spirituelle. Arrivé à ce niveau de connaissance et de pratique religieuse, l'initié devient "marabout" et pour Isabelle Eberhardt la question maraboutique s'est certainement posée. Elle est devenue celle qui a certains pouvoirs surnaturels, celle qui fait des rêves prémonitoires, des rêves d'anéantissement dans le "paradis des eaux".
Nous ne savons pas grand chose de cette expérience qu'elle gardait secrète, car sans doute n'a -t-elle pas eu le temps de briser le silence sur ce qu'elle a vécu. Rappelons simplement qu'elle est morte à l'âge de vingt sept ans, emportée par un oued en crue et qu'elle avait vécu, quelque temps auparavant, dans un moment de délire dû à la fièvre, l'anéantissement de son corps dans les eaux et l'envol de son esprit.
                               
les successeurs de Sidi Mhammed :

I. Ce fut son fils et vicaire, Sidi Mohammed Laredj qui lui succéda a la tête de la zaouïa. Sa conduite est identique a celle de son père; mais il fit porter ses efforts sur la propagande auprès des Musulmans, sur l'enseignement, et continua a protéger les caravanes  il donna une expansion considérable a l'Ordre et créa plusieurs Zaouias instituent même des correspondants au Soudan, au Sénégal et dans tout l'Afrique Central il eut avec la sultan du Maroc de bonne relations la zaouia fut exemptée d'impôt et même comblée de présents royaux    et