Tout sur Béchar et la région de la Saoura
Mon ami, l’artiste peintre Salhi Fodhil, toujours aux aguets pour immortaliser dans ses œuvres les charmantes petites choses qui font notre quotidien chercha, il y a une vingtaine d’années à faire le portrait du Eden-dène en pleine action. Il le poursuivit de ruelle en ruelle au son du tambourin pendant trois nuits et vint nous dire avec l’enthousiasme d’un chercheur qui découvre une chose rare: «Je l’ai rencontré». De cette rencontre du peintre avec le musicien naquit alors un des plus beaux chefs-d’œuvre de l’artiste. L’œuvre fut acquise par la femme d’un haut responsable au cours d’une exposition dans la capitale. Pour narguer notre ami Salhi, nous avions baptisé son œuvre «Le Jocond» par référence à la Joconde de Léonard de Vinci. Le Eden-dène, tel que nous l’avions su grâce au tableau de notre cher Fodhil, n’était autre qu’un homme timide que nous côtoyions sans savoir que c’était lui, le chargé de la perpétuation de la tradition, lui qui vivait à Manougat et travaillait le jour à l’abattoir. Il annonçait aux dormeurs l’heure du S’hour et en contrepartie, les gens reconnaissants, lui donnaient Zakate El Fitr, la veille de l’Aïd. La décennie noire ne le ménagea point lui aussi. Les tristement célèbres par leur «Yajouze» et «la yajouze» qui faisaient table rase de toutes les traditions l’agressèrent dans un coin obscur lors de l’une de ses tournées. La raclée qu’il reçut, ajoutée à l’humiliation et au manque de protection lui firent perdre toute envie de jouer du tambourin. Maintenant l’homme a vieilli et personne n’a osé prendre la relève. C’est comme cela aussi que se perdent nos plus veilles traditions.